Que faire dans le neuvième arrondissement?

J’ai remarqué que beaucoup de blogueuses aimaient bien donner leurs « bons plans » et je ne vois pas pourquoi je dérogerai à la règle, d’autant que j’habite dans un quartier qui est objectivement le plus beau de Paris, et dont je ne laisserai personne dire du mal, malgré ses hordes de touristes (au sud), de hipsters portlandais (au nord), et de foodistas hystériques (un peu partout).

Alors voilà selon moi la liste des choses indispensables à faire dans le 9ème :

#Être riche. Eh oui, même si subsistent encore quelques locataires loi 48 qui habitent des appartements aussi surannés que décrépis guettés avec avidité par leurs héritiers et voisins, avec un mètre carré à 10 000 euros (autour de la place saint Georges), et un litre d’huile d’olive à quinze euros (elle est bio, aucune plante n’a été maltraitée, et elle a été acheminée en véhicule non polluant), pour vivre dans le neuvième, il faut les moyens, à moins d’être un des heureux locataires des rares HLM du quartier.

#Casser votre PEL et faire vos courses dans les magasins mono-produits de la rue des Martyrs. La rue des Martyrs ressemble à peu près à ce qu’elle était dans les années 50, contrairement à beaucoup de rues commerçantes parisiennes, à un détail près : l’ensemble des commerces de bouche a été remplacé par des échoppes ultra branchées mono produits ouvertes par d’ex-consultants en mal de reconversion. Vous y trouverez donc un magasin spécialisé dans le miel, un autre dans le jambon espagnol, un troisième dans les choux à la crème. Au bout du dixième, on a dépensé 250 euros et acheté de quoi servir un repas.

#Draguer un rocker au PCC (=Pigalle Country Club, mais ne l’appelez pas comme ça pour ne pas saper votre rock credibility). Eh oui le 9ème c’est aussi les clubs de rocks, les magasins de guitare et Yarol Poupaud. Le meilleur bar du quartier avec la meilleure B.O.,  et les cocktails les plus forts est incontestablement le très bruyant Pigalle Country Club, où officie le Pape du cool et ses groupies.

#Dire merde au végétalisme aux Trois Coqs. Une boucherie fréquentée par toutes les personnes âgées du quartier (signe de qualité) qui ne comprennent rien à ce qu’on vend dans les autres magasins (cf supra).

#Apprendre les bases du PMU chez Magid : Magid tient le bar à l’angle rue La Bruyère / rue Pigalle. Les joueurs du quartier et d’au delà vont jouer dans le tabac d’en face, mais vont boire chez lui, et surtout discuter stratégie, parce que c’est là que ça se passe. A n’importe quelle heure du jour et de la nuit, vous trouverez – outre une galerie de portraits digne d’un livre de Jacques Yonnet – un volontaire pour vous donner deux trois tuyaux pour investir intelligemment votre RSA ou l’héritage de votre tante Jeannette.

#Jouer les paparazzi au croisement des rues ND de Lorette / Pigalle et Chaptal. Mettez vos lunettes noires, plantez vous dans la queue chez Causse après avoir acheté une tomate à cinq euros, et guettez Stéphane Bern, Caroline de Maigret, Stéphane de Groodt, ou Marina Fois qui habitent le quartier.

#Communiquer avec des esprits : on l’oublie trop souvent, mais le neuvième a été un des haut lieux de l’occultisme au XIXème siècle et au début du XXème. Achetez une moisson de livres à la table d’Isis, rue Fontaine, passez devant la demeure d’André Breton (au 42), puis faites un tour avenue Trudaine, où habitait Stanislas de Guaita, ami de Barrès et fondateur d’un des multiples ordres de la Rose Croix avec l’immortel Joséphin Péladan.

#S’offrir des émotions fortes et faire du sport en même temps en allant nager dans la piscine de la rue Rochechouart (la plus profonde de Paris, brrr), ou en remontant la rue Notre Dame de Lorette ou la rue des Martyrs sur un Velib de quarante kilos sans faire de pause.

#Aller discuter littérature chez Nasser : Nasser tient une minuscule épicerie ouverte jour et nuit rue Fontaine, et adore parler de livres, de Jacques Demy, ou du cinéma hollywoodien des années 50.  En plus d’être charmant, et ultra cultivé, il accueille avec la même courtoisie les hordes de fêtards saouls, que les derniers poètes surréalistes du quartier (j’ai un souvenir assez hallucinant d’une récitation quasi intégrale des Contemplation entre deux boîtes de petits pois). Allez-y un samedi sur le coup de trois heures du matin, dépaysement assuré.

#Rêver aux endroits disparus (les jardins de Tivoli, le Chat Noir, le Cabaret de la Grande Pinte, où se trouve aujourd’hui l’église de la Trinité), et comble du snobisme utiliser les anciens noms de rue quand vous donnez des rendez-vous (rue Bréda au lieu de la rue Henry-Monnier, ou rue de Laval au lieu de la rue Victor Massé).

#Potasser le guide des façades parisiennes et étaler votre science nouvellement acquise en vous promenant dans les sublimes rues de la Nouvelle Athène (rue La Bruyère, Henner, Chaptal…) en maudissant la lourdeur du style haussmannien.

#rendre visite aux éditions rue fromentin, nommées ainsi en hommage au quartier (entre autre).

 

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