Mon régime de printemps

Ce titre est bien sûr une provocation, j’espère bien qu’en 2016 tout le monde est bien dans ses bourrelets, et a compris que le concept même de régime n’était qu’une occasion de soumettre les femmes aux dictats du marché et du capitalisme du désir (relisez Michel Clouscard qui a écrit de très belles pages sur la tyrannie du jean). Non, ce que je vous propose ici, c’est plutôt une sélection d’idées pour faire un pas de côté, dans un monde où la route est parfois trop rectiligne, vider le surplus d’énergie nerveuse accumulée pendant de longs après midi en réunion ou sur Facebook, oublier ses problèmes du moment (même si Eckart Tolle vous répète qu’il ne s’agit que d’illusions créées par l’ego  vous ne lui faites pas vraiment confiance, surtout à cause de la photo en 4ème de couv) afin d’aborder dans les meilleurs conditions le passage à l’équinoxe (assez peu de traces nous ont été laissées par nos ancêtres druides sur la nature exacte des cérémonies à effectuer en forêt pour l’occasion, il m’a donc fallu me servir de mon expérience et me limiter aux outils disponibles dans nos vies urbano-connectées) :

Se bouger, si possible longtemps et intensément : Éviter quand même le parc bondé du samedi ou des cadres stressés, inscrits un jour d’enthousiasme dans le sas à 1h45 du semi, font des fractionnés l’œil rivé à la Garmin pour oublier le stress de leur semaine (en plus vous vous ferez bousculer, ou pire cracher dessus). Mais si vous n’aimez pas porter des matières moches et/ou brillantes et/ou moulantes, il vous reste l’option numéro deux :

Déménager sans déménageurs ou aider quelqu’un à déménager ou vider votre appart pour un rangement de printemps. Moi je trouve que porter des cartons dans des cages d’escalier parisiennes génère une saine fatigue, qui vaut bien les autres sports. Plus si vous avez fait un ménage par le vide, vous pourrez savourer la joie de voir le feng shui émerger du chaos (sauf si vous avez des enfants, puisqu’ils peuvent instantanément faire monter l’entropie d’une pièce, à partir de presque rien) (je vous incite à vous plonger dans le second principe de la thermodynamique, qui est une source de méditation inépuisable).
Marcher (plus de 20 km par jour svp) plusieurs jours de suite : On n’a pas toujours le luxe de s’offrir une virée sur les GR mais la marche soutenue (au contraire du vélo où reconnaissons le on a vite mal aux fesses et où a toujours un peu peur de crever car NON changer une roue n’est PAS facile) reste un moyen fantastique de se vider la tête, surtout si vous vous orientez encore en version old school (carte IGN qu’on met une heure à déplier, et boussole made in China qui indique le nord une fois sur deux).
S’adonner à une activité qui engage à la fois la tête et les mains : cuisiner, jardiner, bricoler, construire des choses, dessiner, peindre, tricoter, coudre, vous couper la frange vous-même…Je sais c’est un conseil que je donne souvent, pour ne pas dire tout le temps, mais croyez moi les gens qui tricotent sont plus heureux (on tient un bon titre de feel-good book, là je crois).
Se prendre une grosse cuite et danser toute la nuit : Ok c’est pas un conseil hygiène de vie fantastique mais une bonne vieille soirée où on fait n’importe quoi avec des amis de confiance reste un bon moyen de remettre les pendules à zéro (et puis vous serez tellement occupé à soigner votre gueule de bois le lendemain que vos problèmes vous paraîtront très relatifs).

Prendre le TGV avec un bon thriller / une pile de magasines achetés au Relay que vous vous empêchez de lire d’habitude (j’avoue j’ai acheté le dernier Inexploré qui titre « guérir avec les arbres » et « vos dents vous parlent », à moins que ce ne soit l’inverse). Bon alors moi j’adore le TGV, malgré tout ce qu’Ivan Illich a pu dire sur la mécanisation des transports et le rétrécissement artificiel de l’espace (mais j’ai appris qu’il prenait l’avion tout le temps, comme quoi on a tous nos contradictions). En ce qui me concerne, le mélange lecture honteuse + roulis du train + jouer avec le bouton qui permet de monter ou de descendre le siège remonte directement mon niveau d’endorphines de dix points.
Se faire voler son téléphone et/ ou ne plus avoir accès à internet. Tout le monde parle de « digital detox », mais, ne nous mentons pas, personne ne le fait jamais. Aussi rien ne vaut un pickpocket bien déterminé ou une panne d’internet et le service d’aide à la clientèle de free pour vous aider à passer une semaine de calme avec un vieux Nokia qui n’envoie que des sms de 88 caractères et apprendre à avoir une conversation sans regarder frénétiquement sur Instagram ce que mangent vos copines en même temps. Pour provoquer l’évènement n’hésitez pas à vous installer en terrasse dans un quartier touristique avec l’objet du délit bien en vue sur un coin de table.
Avoir une bonne engueulade avec au choix sa moitié, ses enfants, son chef, ses amis proches et se réconcilier. Personnellement je ne suis pas du tout pour la parentalité positive (ça donne ces mères américaines hyper angoissantes qui n’arrêtent pas de glapir awesome avec un sourire crispé), De temps en temps il faut jeter les assiettes au mur, se dire les trucs qu’on rumine depuis trente ans et crever les abcès. C’est désagréable sur le coup mais vous verrez qu’après une bonne scène à l’italienne avec larmes et jets d’objets, puis réconciliation vous vous sentirez beaucoup mieux et que votre relation avec la/les personnes en questions en sera à la fois plus sereine et plus profonde. Attention quand même à ne pas prononcer des phrases qui pourraient être retenues contre vous pour les trente prochaines années, n’hésitez pas à faire un peu de CNV pour comprendre comment exprimer votre colère / tristesse / exaspération sans casse pour la personne en face (si, si c’est possible).
Tomber malade. Notre corps est souvent plus malin que nous : si vous tombez malade c’est sans doute un signal subtil pour vous signaler que vous faites en ce moment ne peut pas continuer comme ça. Alors si vous sentez monter en vous les symptômes d’une bonne vieille gastro ou de la grippe qui a terrassé la moitié de la classe de CE1 ou de votre open space au bureau, ne luttez pas : annulez tous vos rendez-vous, faites vos porter aux abonnés absents (vous verrez l’univers se débrouillera sans vous), enfouissez-vous sous votre couette, dormez et buvez du citron chaud (les transhumanistes me font bien marrer avec leurs implants bioniques, alors que le citron existe), et attendez que ça passe.

Voilà j’espère que vous y piocherez des idées utiles, et que vous me raconterez ce qui marche pour vous. Attention quand même aux fausses bonnes idées qui peuvent se transformer en torture comme fréquenter des gens qui vous disent de respirer profondément, écouter des CD de relaxation « Chants de la nature », vous inscrire à un cours de Yin Yoga sans être prêt (envie de meurtre) ou de partir seul(e) dans une cabane en forêt ou dans un hôtel au bord de la mer pour faire le point sur votre vie (ça risque de finir comme dans un Stephen King ou comme dans le Rayon Vert).

9 réponses

  1. Marie, je viens de découvrir votre blog et en ai terminé la lecture de tous les articles ce matin (levée très tôt). J’ai ri, j’ai été inspirée, questionnée, curieuse de découvrir quelques liens que vous offrez en plus de vos réflexions et partages d’expérience. Certains articles ont fait un effet miroir intéressant et/ou motivant.
    Merci !
    Bon week-end pascal.

  2. Ce billet est mon lapin de Pâques … Délicieux…
    Je ne suis pas tout à fait en harmonie avec mes bourrelets mais pas non plus en harmonie avec la volonté de les voir disparaître donc en plein printemps (relatif quand même) je fais un régime de tricot et surtout crochet … L’idée de marcher est excellente mais le truc c’est que si jamais je me mets à marcher 20 km par jour je risque, dès le premier jour de ne plus rentrer à la maison …
    Bon we de Pâques ! Je t’embrasse !

    • mais oui, j’ai vu tes créations en crochet sur Instagram, very impressed ! Mon arrière grand-mère m’avait montré les bases quand j’étais petite mais je me suis empressée de tout oublier. Dommage car comme je suis snob et qu’aujourd’hui tout le monde tricote, je trouve que c’est trop classe, le crochet. Merci pour ton commentaire et bon we de Pâques en tous cas !

  3. sinon y’a la cure de jus de boulot, heu, de bouleau, et se tuer le dos à ramasser les pissenlits dont on peut même poeler les racines ( pas encore essayé malgré une récolte impressionnante..)

    • ah oui le jus de bouleau même dans mes expérimentations « healthy » les plus folles je n’ai pas encore essayé. Et les pissenlits poélés, miam !

  4. Tes billets m’aident à me recentrer (et c’est énorme!, surtout qu’en ce moment je suis sur la pente « se prendre une cuite et danser toute la nuit » plutôt qu’exercices spirituels du matin pendant que la ville dort).

    A part le déménagement (s’il y a bien un moment dans ma vie où j’aimerais ne pas avoir d’amis – du tout – c’est quand ils déménagent), je partage toutes tes suggestions:
    – le grand ménage de printemps et le tri saisonnier, quel soulagement!
    – La marche (pratiquant la GR en solo, je confirme que c’est l’une des plus grandes joies de l’existence. Sauf, sauf, la carte IGN…. je n’y arrive pas, c’est pitoyable).
    – Les activités modes&travaux (j’ai lu que les gens qui jardinaient étaient plus heureux que les autres, je le crois volontiers)! éplucher et couper des légumes = détente+++
    – Le train avec lectures de circonstance ( pile de journaux de pouf vite épuisée puis policier : soit, relecture d’Agatha Christie ;-))
    – la détox digitale. quand mon telephone finira par me planter, mon coeur balance entre un bon vieux nokia (ou un doro, comme les seniors) aux fonctions limitées …. et un iphone 6. reste qu’à partir du moment où on s’éloigne de paris, la détox s’impose « naturellement » et c’est cool….

  5. Aussi : je ne t’en voudrais pas de faire la promotion des livres en bannière sur la colonne de gauche. Au contraire (même si je ne suis pas très versée livres de développement personnel ou livres « spiritualité »). Sur un sujet un peu semblable à celui de Twyla Tharp, j’avais commencé celui de Julia Cameron. L’esprit New age qui enrobe l’écriture m’a vraiment rebutée. Bref, ça m’intéresserait de savoir pourquoi tu as choisis de traduire et d’éditer tel ou tel ouvrage, ce que tu penses qu’il apporte par rapport à toute la littérature existante sur ces mêmes thèmes.

    • vaste programme…Je vois ce que tu veux dire sur Julia Cameron, j’ai ressenti ça aussi la première fois que je l’ai lu et je l’ai rangé au fond d’un placard après dix pages. Maintenant, de l’eau a coulé sous les ponts, j’ai trouvé la foi grâce à Saint Thomas d’Aquin et bref malgré le style très new-agesque, je trouve qu’elle assure grave. Twyla est je pense bien plus adaptée aux esprits rationnels et cartésiens français, malgré (ou grâce à…) un côté « mère tape dure » (elle vient de la danse classique). Si j’arrive à finir ce billet sur la créativité qui traîne dans mes brouillons de blogs depuis dix jours, j’essaierai d’expliquer pourquoi j’aime ces deux livres et leurs publics potentiels.

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