Comment devenir plus intelligent?

« Il faut posséder l’intelligence, sinon une corde pour se pendre ».

Antisthène (philosophe grec un peu oublié sauf qu’il a quand même pondu cette phrase géniale), rapporté par Plutarque.

C’est marrant comme les gens s’entraînent comme des fous pour améliorer leur performance sur un semi marathon, ou se fixent de perdre quatre kilos, ou d’accumuler plein d’euros sur leur compte en banque, mais que personne ne déclare jamais « Moi j’aimerais bien finir l’année plus intelligent que je ne ne l’ai commencée. » Ça tient, je crois, à une idée reçue complètement bidon à savoir qu’on naît intelligent ou qu’on ne l’est pas et que l’intelligence est une valeur fixe, un peu comme la taille.

FAUX.

Deux livres m’ont éclairée sur le sujet : The brain that changes itself de Norman Doidge (traduit en français), et The woman who changed her brain, de Barbara Arrowsmith. Deux lectures passionnantes qui racontent des histoires fascinantes de personnes atteintes par des handicaps cérébraux plus ou moins graves et qui ont à force de volonté et d’entraînement se sont remises à marcher, parler et de manière générale fonctionner normalement (et souvent mieux que la moyenne, si l’on tient compte de la volonté et du courage qu’il leur a fallu). De cela il faut retenir une chose toute bête : le cerveau est immensément plastique bien plus qu’on ne le pense. Il fonctionne en réseau et les synapses s’ils disparaissent à partir de l’âge de 15 ans (surtout si vous regardez trop de télé réalité ou de blogs mode), peuvent se rebrancher les uns aux autres dans plein de configurations. Bref, rien n’est joué. Et si vous n’êtes pas convaincu, vous pouvez toujours écouter cette magnifique histoire sur Invisibilia (prévoyez quand même un paquet de mouchoir, même si ça finit bien).

Après on a tous des définitions différentes de l’intelligence. Pour moi ça passe par quatre qualités.

1 La gentillesse et la bienveillance. Alors ça c’est le signe d’intelligence numéro UN et je ne vous ferai pas l’affront de commenter ce paragraphe. Attention quand même à ne pas ranger trop vite les Asperger dans la catégorie « pas sympa » (ayant fait des études scientifiques, j’en ai côtoyé quelques uns). Ils sont très gentils et plutôt drôles, en général, mais ils ont du mal à faire deux choses en même temps, ce qui peut passer pour de la froideur (entre contempler la fonction Zeta de Riemann et vous parler, ils préfèreront toujours la fonction), et sont incapables de répondre à une question simple telle que « ça va? Il fait froid non? » (ils détestent les tautologie, donc si il fait effectivement froid, ils ne voient pas la nécessité de le commenter). Il vaut mieux commencer la conversation par « Quel est ton problème NP complet préféré ? ».

2 La curiosité / se poser des questions et de manière générale s’intéresser à des tas de choses. Je suis allergique aux gens pas curieux, j’y peux rien (c’est pourquoi j’ai toujours trouvé que la compagnie des autodidactes était cent fois plus intéressante que celle des multidiplômés). Le monde est vaste, fichtre ! L’Encyclopedia Universalis (paix à son âme) pèse près d’une tonne, il y a des centaines de pays à visiter, des milliards d’êtres humains à rencontrer, et même si on déplore tous l’incendie qui a ravagé la bibliothèque d’Alexandrie, il reste quand même de quoi lire pour plusieurs vies. Plus il reste des tas de questions non résolues qui n’attendent que vos petits neurones et votre bonne volonté : faire interdire les pantacourts, les théories du temps en physique, le stockage du CO2 et j’en passe. Donc à moins d’être né avant 1930 (auquel cas vous avez survécu à l’Occupation, et à la destruction des Halles Baltard, donc vous avez quelques excuses), si vos seuls sujets d’intérêts sont 1. les prochaines élections 2. les travaux dans votre appart 3. la une du Point, et que votre vie est aussi minutée qu’un résident de la maison de retraite Edith Piaf (en plus si c’est le cas, je vous informe que vous risquez  d’être remplacé par un robot plus vite que vous ne le pensez), c’est qu’il y a un problème. Tous les jours efforcez vous d’apprendre ou de faire quelque chose de nouveau (ça peut être une nouvelle recette de cuisine, parler à quelqu’un à qui vous n’avez jamais parlé au bureau, lire un article sur wikipédia, ou même descendre un arrêt plus tôt et marcher le matin). Ou tout simplement passez une heure avec un enfant entre trois et dix ans (si vous n’en avez pas, vos amis ou voisins épuisés seront ravis de vous en prêter un) pour comprendre ce que l’expression « se poser des questions » veut vraiment dire.

3 L’humilité. Le problème des gens « intelligents » (selon les critères des tests de QI, ou des échelons occupés dans l’entreprise ou dans la vie politique) c’est qu’ils sont persuadés de l’être, et que le reste de l’humanité n’a pas le niveau pour les suivre (Ils n’ont pas écouté Socrate quoi). Si vous avez des facilités pour lire Hegel, pour préparer en quinze minutes 72 slides de stratégie en anglais, ou pour compter les nombres premiers, pitié n’en tirez pas de vanité. La première chose à faire c’est de fréquenter des gens plus intelligents que vous (je vous rappelle que Von Neumann avait retrouvé la formule de l’intégrale de Riemann à huit ans et récitait l’Enéide et l’Iliade sur son lit de mort en V.O.) . La seconde c’est de vous rappeler tous les domaines où vous ne savez rien faire. Moi par exemple quand je me prends en flagrant péché d’orgueil, il suffit que je tente une pâte brisée pour redescendre sur terre. Ou que je me rappelle mes multiples tentatives pour avoir mon permis de conduire (Choisissez un nombre entre 4 et 10). La troisième c’est de ne pas vous asseoir sur vos lauriers et de se servir de vos dons pour faire des trucs utiles pour les autres (J’ai dit utile, comme une symphonie, une super recette de cuisine, un bel objet, ou un livre inoubliable, pas un projet de loi en 546 paragraphes).

4. La persévérance. Voilà une qualité bien décriée dans un monde où il faut tout avoir en un clic. Pourtant malheureusement tout ce qui vaut le coup dans la vie nécessite de la persévérance et un brin de répétition (je l’ai déjà dit, je le répète). Et disons le : du temps, et pas mal d’échecs et d’ennui. J’aime beaucoup la série sur les photos Instagram chez Cachemire et Soie. Quoi de plus instantané, de plus naturel qu’une photo? Et pourtant l’auteur nous rappelle qu’elle a passé dix ans à perfectionner sa technique, et a même la gentillesse de nous montrer ses premiers clichés. Bien sûr pour cela il faut vouloir s’améliorer, être prêt à se planter pas mal de fois et apprendre auprès de gens plus doués (cf catégorie ci-dessus). Et puis surtout, non il n’est jamais trop tard.

5 réponses

  1. J’ai cru un moment qu’il n’y avait pas de point 2) et que j’allais être larguée dans la lecture de ces critères et par extension ne pas m’y reconnaître … Finalement, je me reconnais dans tous. Ah non. Il me manque la modestie 😉
    (Enfin ce matin l’idée de prendre mon train de banlieue avec le plaisir de te lire m’a simplement ravie !)
    Bonne journée Marie !!

  2. Ca me surprend toujours ces gens qu’on dit intelligents (ou qu’on a toujours considéré comme tel dans le parcours d’étude/pro) et qui soit abandonnent en route toutes ces autres qualités (persévérance exceptée) ou les mobilisent principalement pour leurs objectifs de carrière-réussite personnelle (en vertu d’un critère de rentabilité ou d’efficacité). Spontanément, je n’associerais pas toutes ces qualités à l’intelligence (j’en ferais plutôt des vertus cardinales), sauf la curiosité qui me semble être le vrai marqueur de l’intelligence

    • Oui c’est une définition très personnelle. Mais comme tu le fais remarquer il y a tellement de gens intelligents qui finissent par la perdre dans les ornières de la vie, qu’il me semble que ces « vertus cardinales » sont un prérequis à toute « vraie » intelligence…

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