Cult book

Si vous êtes né avant 1960, vous avez FORCEMENT entendu parler de ce livre qui a été un immense best-seller des 70’s :

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Si, comme moi, vous êtes né après, vous êtes peut être tombé dessus au marché d’Aligre (cet endroit merveilleux où on trouve des livres à un euro), vous l’avez lu en un week-end, et il a changé votre vie.

Sinon, eh bien vous pouvez vous mettre en quête d’un exemplaire chez votre libraire favori, ou s’il est épuisé, sur price minister.

Libres enfants de Summerhill relate l’expérience d’A.S. Neil, éducateur qui avait monté une école alternative (qui existe encore aujourd’hui), où tout fonctionnait à l’envers du système scolaire habituel.

A Summerhill les cours sont facultatifs, même pour les enfants très jeunes, à qui on n’accorde d’habitude pas des masses de libre arbitre. Il y a des instituteurs dans les salles de classes, qui enseignent la lecture, ou les maths, ou les noms des fleuves, mais si un enfants décide qu’il préfère aller faire des barrages dans un ruisseau, il y va. Et ce tous les jours de l’année, et toutes les années de la scolarité. Un élève de Summerhill peut ainsi n’apprendre à lire qu’à dix ou douze ans, si l’envie ne lui en est pas venue avant. Ou sortir de Summerhill sans avoir posé ses fesses sur un banc.

Mais, là est le génie de l’expérience, l’absence de cours n’est pas remplacé par des activités d’éveil, des jeux éducatifs sur ipad, ou des apprentissages déguisés (tels que : « ok t’as voulu aller dans la forêt, eh bien je vais t’expliquer l’écosystème, la photosynthèse et le nom des arbres »). L’absence de cours est remplacé par…rien. Les enfants font absolument ceux qu’ils veulent et d’après A.S. Neil ils aiment par dessus tout jouer avec de la boue, et se courir après avec des bouts de bâtons. D’après Neil, les enfants, libre d’épuiser ce qui les intéresse (creuser des trous dans le sable, faire des blagues scatos, et mettre en pièce leurs poupées), viennent ensuite apprendre sans contrainte, pour le simple plaisir d’apprendre. Et quand ils s’y mettent ils apprennent extraordinairement vite, par plaisir, et la discipline qu’ils appliquent à étudier vient d’eux même et non de l’extérieur. Mais s’ils ne s’y mettent pas ce n’est pas grave. L’école propose aussi des ateliers de bricolages et des tas d’activités manuelles en libre service, et il observe que les enfants finissent toujours par s’intéresser à quelque chose.

Comme on est dans les 70’s il y a aussi plein de pages sur la discipline et les sanctions. A Summerhill il y a une discipline assez forte, mais elle vient du groupe. Enfants et adultes fixent en commun les règles de vie, et décident des punitions à ceux qui y contreviennent.

Bon évidemment après on n’est pas tellement plus avancé. Les écoles comme Summerhill n’existent pas en France, et la seule école un peu alternative de Paris reçoit 400 demandes pour une place. Si ça marche, c’était aussi grâce à la formidable personnalité de A.S. Neil qui avait confiance en l’humanité, et en l’enfance, au lieu de cette génération de parents (dont je fais partie), sur-stressés que leur progéniture sorte des rails d’une quelconque façon que ce soit. Moi, je trouve difficile de trouver le bon équilibre entre inculquer aux enfants une discipline intérieure, et le goût de l’effort, et leur demander de se ficher des notes et du regard des autres (y compris le notre). Mais je me suis rendu compte, que ce qu’on appelait « éducation » était assez souvent la projection de nos angoisses de parents, et j’essaie de lutter contre ça !

Quelques citations :

« Le rôle de l’enfant, c’est de vivre sa vie propre –  et non celle qu’envisagent ses parents anxieux ni celle que proposent les éducateurs. Une telle interférence ou orientation de la peur de l’adulte ne peut que produire une génération de robots. »

« On ne peut pas faire apprendre la musique, ni aucune autre chose d’ailleurs  à un enfant sans le transformer plus ou moins en un adulte privé de volonté. On forme alors un être qui accepte tout statut quo – une bonne chose pour une société qui a besoin de mornes bureaucrates, de boutiquiers et d’habitués des trains de banlieue – une société qui, pour ainsi dire, repose sur les épaules rabougries de pauvres petits conformistes apeurés. »

« La majeure partie du travail de classe effectué par des adolescents n’est qu’une perte de temps, d’énergie et de patience. Il vole à la jeunesse son droit à jouer,à jouer encore et à jouer encore plus, il met de vieilles têtes sur de jeunes épaules ».

« Si nous essayons de nous comprendre, nous trouvons alors qu’il est difficile de punir un enfant sur lequel nous passons la colère que nous destinons intérieurement à un autre. »

Et hier je suis tombé un homme qui le lisait dans le métro, nous avons discuté et il m’a confié « J’aurais tellement aimé lire ce livre plus tôt. » Moi aussi.

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