Que faire au mois de mai?

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voué un culte au mois de mai (je sais, je ne suis pas la seul). Peut-être parce que la promesse de l’été est là, sans ses inconvénients (les foules en short, la canicule, la plage). Peut-être parce que s’il y a des lieux où la lumière est belle toute l’année (la Toscane, Los Angeles…), sous nos latitude, c’est au mois de mai qu’elle est la plus belle. Peut-être parce qu’avec tous les ponts, personne ne fait grand chose, et l’inanité de la vie professionnelle apparaît au grand jour, et oblige à se concentrer sur le reste.

Que faire au mois de mai, donc?

  • prier l’Esprit Saint. C’est un peu le parent pauvre de la Trinité, on ne sait pas toujours à quoi il sert. Bon, en tous cas au mois de Mai, c’est sa fête (=la Pentecôte). Vous pouvez donc prier pour obtenir les dons de l’Esprit Saint : Sagesse, Intelligence, Conseil, Force, Science, Piété, Crainte de Dieu (les deux derniers sont un peu ringardisés en ces temps matérialistes, mais les cinq premiers peuvent, je crois, intéresser tout un chacun).
  • tomber amoureux. Moi, j’ai plus l’âge (plus je me suis déjà mariée deux fois, donc bon…). Mais quand j’étais plus jeune, c’était vraiment un de mes hobbys préférés à cette époque de l’année.
  • manger des fruits plus excitants que des pommes (si vous avez restreint votre consommation aux fruits de saison) : fraises, cerises, abricots.
  • profiter de la lumière de la fin d’après-midi, et des couchers de soleils (bonus si vous êtes insomniaques ou polyphasiques : le lever de soleil).
  • ranger les pulls et sortir robes et sandales, même si comme moi vous avez une garde robe minimaliste (=sortir une robe et une paire de sandales).
  • faire un bilan de début d’année, que vous ayez ou non pris de bonnes résolutions.
  • vider votre appartement si vous ne l’aviez pas fait au mois de mars.
  • faire les derniers arbitrages pour les vacances d’été (passer le mois d’août à Paris alors que la ville est déserte, ou s’enfermer dans une maison en forêt avec une intégrale Simenon?).
  • aller voir cette exposition Hubert Robert au Louvre.
  • si jamais vous avez la chance de pouvoir être invité, ou que vous êtes jeune, et que vous n’avez pas peur de mendier des places dans la rue, aller à Cannes, c’est quand même toujours inoubliable, même si tout le monde adore en dire du mal.
  • aller faire la route de Compostelle avant les foules.
  • ne pas faire de régime pour vous mettre en maillot (je vous ai déjà dit ce que je pensais des régimes?). Si l’idée de vous afficher dans quelques centimètres de polyamide au milieu de vos contemporains vous déprime, c’est plutôt un signe de bonne santé mentale. Réhabilitez la cabine de bain en pleine mer (=personne ne vous verra marcher sur le sable), ou, comme moi, restez habillé à la plage.
  • mais prendre le soleil dès qu’il apparaît, vingt minutes par jour au moins. Vitamine D, bonne mine, et bonne humeur.
  • relire Proust (je le ressors toujours au mois de mai). Pour les pages sur les aubépines en fleur, et pour le reste.

Faire son COS (=Coming Out Spirituel)

J’ai piqué l’expression à un ami, qui se demandait si, à l’aube de la quarantaine, ce n’était pas le moment pour lui de « faire son coming out ». « Tu quittes ta femme pour un homme? » ai-je bêtement demandé. « Mais non, mon coming out spirituel ! Dire à tout le monde ce que je crois et ce qui est important pour moi, mais dont je ne parle jamais avec personne in fine ». Cette conversation m’a durablement marquée, aussi j’aborde désormais le sujet avec toutes les personnes avec qui je discute plus de dix minutes à la volée (tu n’y échapperas pas, lecteur de ce blog).

Comme vous l’avez remarqué, 1) j’aime beaucoup les acronymes et 2) vous l’aurez compris à mes citations fréquentes de Saint Paul et mon admiration sans bornes pour Saint Thomas d’Aquin : je suis catholique (et ça va bien, merci). Dans une situation un peu étrange, car je suis la seule de mon entourage (mes quelques amis qui pratiquent une religion sont juifs ou protestants, le reste se partage entre athéisme revendiqué et agnosticisme prudent). Ma conversion, qui a d’ailleurs été relativement tardive (après des années et des années de questionnement) a suscité des sentiments divers dans mon entourage (majoritairement surdiplômé, de préférence en sciences dures) qui m’a un temps parlé comme à un jeune qui rejoindrait le Jihad (« c’est normal, tu es en manque de repères, mais vas voir un psy et tu verras ça va passer »), tout en mêlant stupéfaction (« mais pourquoi ? et tu vas à la messe ? et tu crois vraiment à tout ça? »), à une rationalisation ex-post (« de toutes façons, tu as toujours eu l’esprit de contradiction »), en finissant généralement par une conclusion bon teint (« moi je pourrai jamais »).

Le but de ce post n’étant pas de vous raconter le pourquoi du comment (en plus j’aimerais bien avoir une histoire cool à raconter comme le pilier de Notre Dame, ou le chemin de Damas, mais hélas rien de spectaculaire dans mon cas) mais plutôt de partager quelques réflexions et questions que je me suis longtemps posées.

La première est que j’ai un tropisme marqué pour les hérétiques (ah Marcion…), et les à côté du système (une des personnes qui m’inspire le plus est Simone Weil, qui a toujours refusé le baptême et les sacrements). Position peut-être justifiée par ma propre situation « en marge » de l’Église (étant divorcée, remariée, je suis, de fait, écartée de certains sacrements comme l’Eucharistie). J’ai passé des années (des années très heureuses, d’ailleurs) plongée dans les textes hermétiques chrétiens (Louis Claude de Saint Martin!), les mystiques (qui ont toujours été un peu vu de travers par l’église « officielle »), l’histoire des diverses sectes (des gnostiques aux albigeois). Et au fond, si aujourd’hui je peux me sentir « chez moi » sur la grande route (car c’est le cas maintenant), c’est parce que j’ai passé pas mal de temps sur les chemins de traverse  – où je me sens d’ailleurs tout aussi « chez moi », mais ceci est une autre histoire.

La seconde est que l’Église et ses représentants officiels (oui même toi Pope Francis, le roi de la twittosphère) en réduisant leur intervention dans la sphère publique à des questions purement sociales (questions familiales, migrants….) n’incite pas beaucoup à pousser leur porte, lorsqu’on est agité par des interrogations plus profondes (et comme dirait Saint Paul ce monde va passer, alors le mariage pour tous, franchement…). Je suis même à peu près sûr qu’ils écartent 99% des personnes qui comme on dit dans Psychologie Magazine sont « en quête de sens » et qui vont légitimement se tourner vers une vidéo d’Eckart Tolle ou n’importe quel livre sur la méditation pleine conscience, au lieu d’ouvrir les Évangiles (cela d’ailleurs a été mon cas pendant des années). Sans compter la déprime totale quand on va à la messe et qu’on se retrouve entre trois familles de huit enfants en loden (sentiment d’appartenance : zéro) (heureusement j’ai eu la chance de croiser des représentants brillants, surintelligents et attachants de cette belle religion, sinon je serai encore à me gratter la tête sur mon tapis de yoga)(je fais toujours du yoga sinon, no offense pour les yogini qui me lisent).

La troisième (c’est toujours bien de le préciser) c’est que bien que scientifique de formation, et pas du tout theilhardienne de culture (comme Houellebecq les fan de Teilhard de Chardin me font hurler de rire), je crois à tout le package, même (et surtout) à ce qui paraît absurde ou impossible (miracles, résurrection, transsubstantiation etc.). Et je dirais même que je n’y vois aucune contradiction avec la science (voilà, brûlez moi sur un bûcher!).

La quatrième c’est que le système de pensée dans lequel je fonctionnais « avant » i.e. le matérialisme rationaliste, m’apparaît maintenant pour ce qu’il est : un système de croyance, qui en vaut bien un autre, mais absolument pas une vérité ultime (je conçois évidemment que ce système apparaisse, pour beaucoup, comme le plus fondé en raison).

La dernière est, du coup, que je ne me sens pas du tout à l’aise quand je discute avec des gens très sûrs d’eux, qui n’ont jamais remis en causes leurs croyances (qu’ils soient catholiques depuis trente générations, ou athées frénétiques à la Richard Dawkins). Pour moi la foi passe par le doute et l’examen, il me paraît aberrant de croire sans accepter de douter, et profondément. De cœur, je suis (toujours) du côté de ceux qui ne savent pas, ou qui se posent des questions.

Du coup pour ces derniers (ne vous inquiétez pas, je ne veux convertir personne, d’ailleurs je pense que ça ne sert à rien), je recommande quand même vraiment plus l’étude des mathématiques (ayant un fond pythagoricien, je crois que la résolution par Grigori Perelman de la conjecture de Poincaré a précipité ma conversion) et de la physique, tellement passionnante en ce moment (Philippe Guillemand prétend que le récent incident de la fouine au CERN est une intervention du futur, ha ha !). Ou la lecture de livres de tous horizons, dans les directions qui vous parlent. Parce que comme disent nos amis gnostiques, on n’a jamais vraiment trouvé la réponse à ces cinq questions, mais y penser fait quand même le sel de la vie :

« Qui étions-nous? Que sommes-nous devenus? Où étions-nous? Où avons-nous été jetés? Vers où nous hâtons-nous?  » (d’après un disciple de Valentin).

Et en bonus voilà mes livres préférés sur la spiritualité et les grandes questions, en tous cas ceux qui m’ont fait le plus réfléchir (liste non exhaustive) :

Le sacre du dragon vert, Eric Baret, La joie sans objet, Jean Klein, Le pouvoir du moment présent, Eckart Tolle, Les gnostiques, Jacques Lacarrière, Les hommes ivres de Dieu, Jacques Lacarrière, Histoire de la mort en occident, Philippe Ariès, Les méditations sur les 22 arcanes du Tarot (anonyme), Conversations avec Dieu, Neal Donald Walsche, Attente de Dieu, Simone Weil, La pesanteur et la grâce, Simone Weil, Notre existence a-t-elle un sens? Jean Staune, Quantum Enigma, Bruce Rosenblum et Fred Kutter, La structure des révolutions scientifiques, Thomas Kuhn (montre que la pensée humaine évolue via une série de paradigmes, chacun étant amené à être chassé par le suivant), Le chemin est le but, Chogyam Trungpa, Bardo, Chogyam Trungpa, les Évangiles (quand même!) et le Nouveau Testament de manière générale, les écrits de Charles de Foucault, de Sainte Thérèse de Lisieux, de Sainte Thérèse d’Avila (mais pas Saint Jean de la Croix, auquel je n’ai jamais rien compris), Récoltes et Semailles de Groethendieck (attention beaucoup à jeter dans ce « livre », mais pas mal de fulgurances aussi), Après l’exaste, la lessive de Jake Kornfield (un livre très drôle et très juste sur l’expérience spirituelle)…

Voilà, et vous, c’est quoi votre COS?

Notes et carnets

Bon je ne vous apprends rien en vous disant que le petit carnet noir Moleskine (made in China – personnellement je n’écris que sur des Leuchturm) fait partie avec les lunettes de soleil monture bois, et le fixie à 4000 dollars la roue de la panoplie du créatif désœuvré qui hante les terrasses de mon quartier (NDLR j’en suis, sauf que j’ai arrêté d’investir dans les SEC (=Signes Extérieurs de Coolitude)). C’est vrai qu’écrire dans un carnet, c’est bien. Je dirais même que ça m’a sauvé la vie en entreprise pendant toutes ces réunions où la moitié des gens n’écoutait pas et l’autre moitié ne comprenait rien (alors pourtant qu’on débattait d’un sujet aussi crucial que la stratégie digitale, 75 slides en franglais à l’appui). C’est tellement utile que, par exemple, quelqu’un d’aussi important que  l’EMPEREUR DE ROME a tenu des carnets pour débattre du sens de la vie, savoir comment ne pas être tout le temps de mauvaise humeur, et comprendre pourquoi cette guerre contre les Sarmates se passait si mal.

Quelques considérations élémentaires : avec un carnet vous ne risquez pas la panne de batterie, ni le crashage de serveurs en plein cœur de l’Arizona, plus vous pouvez l’accommoder de cet ustensile délicieusement chic qu’est le stylo à plume (même si Parker a honteusement cessé de produire mon modèle préféré, le Jolter). Enfin vos carnets dureront des années et des années (à moins que votre appartement ne brûle) et c’est bien là leur valeur suprême : pouvoir les relire longtemps après. Du coup, même si vous pouvez dédier vos carnets à des fins aussi éphémères que « racheter moutarde » (un classique chez nous, chaque membre de la famille étant convaincu que l’un des quatre autres a mangé le pot en cachette), « brainstorming d’idées sympas pour l’EVJ de Natacha », ou « dix adresses de coiffeurs pour une teinture végétale », je vous conseille de les utiliser pour des choses durables.

Exemple de ce qui dure :

  • les listes de films à voir / de livres à lire un jour.
  • les citations qui vous ont marqués.
  • les idées importantes tirées des livres que vous lisez.
  • les bucket lists (toujours bien de les relire).
  • les 5 regrets des mourants (les avoir sous les yeux permet de se recentrer cinq minutes)
  • les résolutions, valeurs, rêves, choses importantes, bref tout ce qui mériterait de tomber sous nos yeux plus souvent que le dernier mail de ventes privées.

Quelques questions qu’on se pose souvent :

  • Faut-il tenir un journal même si Maurice Blanchot vous dit que c’est la défaite de la littérature? alors oui si vous le pensez justement comme un objet littéraire, que votre journal est finalement votre œuvre (=Philippe Muray), et que la publication posthume ne vous fait pas peur (sauf si on se rend compte que vous étiez en définitive assez chiant =  André Gide, mais pas de panique, vous aurez quand même votre Pléiade). Oui aussi, si votre journal vous aide à y voir clair, ou a une vertu thérapeutique (un carnet Moleskine vaut 15 euros, une séance chez un lacanien quelconque 60 euros, faites le compte). Une variante du journal sont les « pages du matin », recommandées par Julia Cameron, que plein de gens aiment faire (moi pas, mais bon).
  • Faut-il noter les évènements marquants de la journée ? Franchement à moins cas particuliers (par exemple vous côtoyez plein de gens célèbres et vous notez qui couche avec qui pour tout balancer dans vingt ans, ou alors vous commencez à développer un Alzheimer et vous avez besoin de vous rappeler le nom des membres de votre famille) et même si l’exercice a un côté rassurant (on a l’impression de maîtriser le temps, et, en les notant, de rendre nos journées intéressantes, ce qui n’est pas le cas, je vous rassure) je trouve que ça ne sert pas à grand chose (en plus Météo France archive relativement bien le temps qu’il a fait sur les soixante dernières années). UNE EXCEPTION : si vous êtes un personnage historique important, vous avez le devoir de noter ce qui se passe (exemple, Louis XVI le 14 juillet 1789 : « rien »), afin que les historiens puissent bosser sur des sources un peu plus croustillantes que des relevés d’état civil.

Du coup, que met-on dans ses carnets?

« En écrivant ses Pensées, Marc Aurèle pratique donc des exercices spirituels stoïciens, c’est à dire qu’il utilise une technique, un procédé, l’écriture, pour s’influencer lui-même, pour transformer son discours intérieur par la méditation des dogmes et des règles de vie des stoïciens. Exercice d’écriture au jour le jour, toujours renouvelé, toujours repris, toujours à reprendre, puisque le vrai philosophe est celui qui a conscience de ne pas avoir encore atteint la sagesse. »

Pierre Hadot, in La citadelle intérieure

Ça c’est pour la version ambitieuse. Si vous n’êtes pas tout à faire sûr d’être un philosophe, vous pouvez vous contenter d’utiliser vos carnets pour :

  • tenter d’y voir clair sur des questions qui ne le sont pas en ce moment.
  • élaborer sur ce qui vous intéresse en ce moment (de la morphogenèse, à la vie de Frank Lloyd Wright), ou plus modestement noter ce qui vous paraît intéressant, et mériterait d’être approfondi un jour.
  • prendre des résolutions, essayer de vous projeter dans l’avenir (faire notamment cet exercice intéressant : « où est ce que je veux être dans cinq ans »  – le relire cinq ans après réserve souvent des surprises).
  • vous entraîner (par exemple si vous composez, dessinez ou que vous écrivez).
  • noter vos idées quand elles viennent (une idée qu’on ne note est hélas malheureusement perdue à jamais).
  • faire des listes (bis repetita) : d’endroit à visiter, de livres à lire, des fruits de l’Esprit Saint (Galates 5,22), des églises à visiter à Rome (mon prochain voyage), de vos tableaux préférés dans l’aile « Peinture françaises » du Louvre (pour voir comment vos goûts évoluent), des écrivains à virer de la Pléiade (et de ceux qui devraient y être), de votre programme pour les trente prochaines années, de cadeaux à offrir et demander…

Et enfin comme un bon vin, il faut savoir stocker ses carnets et les retrouver des années après. Chose que vous ne ferez jamais avec des notes Evernotes ou des docs google drive (enfin si, mais le plaisir n’est pas le même croyez moi).

 

Où rencontrer des gens intéressants?

Cas numéro un : vous êtes jeune. Bon là je n’ai rien à vous apprendre vous êtes jeune, avec un mode de vie de jeune, des amis jeunes, qui ont eux même plein d’amis jeunes donc vous rencontrez tous les jours des gens géniaux dans des soirées, aux terrasses de café, ou les bancs de la fac, bref vous n’avez pas besoin de moi (je préfère vous dire que ça ne durera pas et que dans vingt ans, vous n’aurez plus rien à dire à vos amis de l’époque qui voteront Macron, et qui auront pris un emprunt pour leur résidence secondaire, il ne vous restera comme vie sociale que les autres mères à la sortie de l’école, autant dire la misère, donc autant prendre de bonnes habitudes dès maintenant).

Cas numéro deux : vous travaillez. Contrairement à ce que l’on pense le travail, même dans un domaine un peu austère est un très bon endroit pour rencontrer des gens intéressants. Car dans l’ensemble tout le monde s’ennuie, et cherche des compagnons d’infortune. Si vous avez la chance de travailler en open space, il vous suffit de laisser traîner sur votre bureau quelques livres bien choisis (Ultima Necat, un livre sur le déclin de l’Empire Romain, et un Paul Morand) et de laisser le poisson mordre. Ou de laisser traîner vos oreilles à la cantine, à la recherche de la personne aux goûts pointus. Ou d’exprimer sans réserve vos opinions audacieuses à la machine à café (« je pense que l’épilation des aisselles donne le cancer »), qui ne manqueront pas d’attirer les esprits ouverts. Ou, cas extrême mais je l’ai fait – de recruter sur mesure votre propre armée de lieutenants avec un humour décapant et un Q.I. acéré qui sauront rire à vos blagues, et vous entretenir de choses intéressantes pendant ces longues heures.

Sinon (car tout le monde n’a pas la chance d’être jeune ou de travailler dans une Grosse Entreprise Pleine de Gens qui s’ennuient), heureusement votre cas n’est pas désespéré, je vous ai trouvé plein de solutions :

1 La salle d’escalade : contrairement au running, où tout le monde se regarde d’un air méchant, l’escalade est un sport hautement social. Ne serait-ce que parce que vous trouverez toujours une âme dévouée pour vous expliquer « comment passer cette voie » (90% des gens qui font de l’escalade sont profs = ils adorent expliquer). Ensuite le panel d’âge est franchement varié, et dans l’ensemble les grimpeurs(euses) sont sympas et cools (si vous craignez de vous faire draguer, n’ayez crainte, la libido du grimpeur est surtout dirigée vers ce gros devers là-haut).

2 Écrire des livres. Je vis avec un écrivain alors je peux vous dire, quand vous écrivez des livres, même confidentiels, des gens cools vous écrivent. Ils ont aimé votre livre, ils l’ont compris mieux que vous, ils veulent vous payer un café, bref vous ne tardez pas à vous faire de nouveaux amis.

3 Militer (pour l’interdiction de la GPA , pour la légalisation de la GPA, pour la dictature du prolétariat, pour rebaptiser la rue en bas de chez vous du nom de votre ancêtre etc. etc.). Vous rencontrerez des gens qui pensent COMME VOUS, vous vous battrez avec le reste du monde et principalement ceux qui ne pensent PAS COMME VOUS (= hyper fédérateur). Vous aurez un stand à Nuits Debouts ou à la manif pour tous selon votre bord politique (souvenirs inoubliables). Vous aurez l’impression de faire avancer le monde. Vous vous retrouverez dans 40 ans dans un film de Garrel et vous vous demanderez ce que vous avez fait de votre jeunesse. Et vous vous ferez des amis (sauf si vous vous scindez en factions rivales comme la Gauche Prolétarienne dans les 70’s, mais dans tous les cas ça vous fera des souvenirs, et des ennemis fidèles valent bien des amis tièdes). Attention pour ceux qui veulent vraiment faire la révolution, risque quand même de finir assassiné au Mexique et viré des photos officielles.

4 Écrire aux gens que vous admirez. Ça ne coûte rien. Des générations d’écrivains ont fait ça. Souvent on se prend un vent, parfois on est déçu, et parfois il arrive des trucs incroyables. `

5 Rentrer dans une secte, ou la franc maçonnerie, ou un ordre initiatique, ou une société secrète. Alors si vous pratiquez une religion « standard » vous vous rendrez compte qu’on ne se fait pas tellement d’amis à la sortie de la messe (peut-être parce que le public ne fait pas très envie?), en revanche si vous visez plus pointu (attention quand même à ne pas finir en robe blanche à parler aux extra-terrestre), vous rencontrerez des gens avec qui vous vous êtes suffisamment ridiculisés en privé (la robe blanche, tout ça) pour que certains liens puissent se tisser.

6 Dans le même ordre d’idée avoir un hobby ou une passion pointue (les instruments de musique turque ancienne, les timbres néo-zélandais…) et utiliser la puissance d’internet et la magie de google pour laisser vos futurs compagnons d’armes venir à vous.

Et enfin le meilleur pour la fin : avoir un blog !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Causes célèbres

En ces périodes insurrectionnelles où chacun semble invité à manifester son mécontentement et son espoir d’un monde meilleur, je me permets de partager les causes pour lesquelles je me bats au quotidien et qui sont bien sûr au programme de mon parti (le PIF2, d’inspiration anti-capitaliste et chrétienne, avant cela j’avais fondé le PIF, qui était ouvertement libertarien, comme quoi on change).

  • L’interdiction des expressions « pas de souci » et « belle personne ».
  • La disparition des hypermarchés, des grandes et moyennes surfaces (oui, toi aussi le Daily Monop du bas de la rue, tu es visé).
  • La disparition de toutes les chaînes de magasins quelles qu’elles soient : je déprime quand je vois un nouvel APC ou un quinzième Comptoir des Cotonniers ouvrir dans ma rue. Pourquoi est-ce qu’on devrait acheter les même choses partout ?
  • L’interdiction de l’utilisation de l’image féminine dans la publicité sous toutes ses formes. Rappelez vous la querelle des images à Byzance au VIIIème siècle, ben là ce sera pareil. Mais de toutes façons les 4*3 du métro seront remplacés par des reproductions de Nicolas Poussin et d’Hubert Robert.
  • L’interdiction des recherches en I.A. (=intelligence artificielle) publiques comme privées. Comme Nick Bostrom, je pense que le risque existentiel est loin d’être une fiction et que jouer avec l’I.A. dans l’état actuel de maturité de l’humanité, revient à laisser un enfant de trois ans avec un paquet d’allumettes et un bidon d’essence.
  • L’arrêt total de recherche et d’utilisation de la technologie CRISP-R. Même raison.
  • La déclaration du transhumanisme comme crime contre l’humanité. Toujours pareil.
  • L’interdiction des tongs et du pantacourt pour le sexe masculin.
  • L’abandon immédiat des négociations du TAFTA.
  • La démocratie directe avec référendum pour toutes les grandes questions de politique intérieures. Ou la monarchie. Ou les deux, tiens (autorité en haut, liberté en bas comme disait Maurras).
  • L’enseignement des classiques et des humanités dès le plus jeune âge. Plus de classes bilingues chinois, mais latin et grec dès le CM2, et Cicéron et Homère pour tout le monde.
  • Idem pour l’informatique (qu’on ne dise pas que je ne vis pas avec mon temps). Mais langage C avec les pointeurs et tout (très formateur, le C) plutôt que Ruby on rails.
  • Que des photos d’abattoirs et des élevages en batteries soient collées sur tous les emballages de nourriture industrielle : tout le monde peut continuer à manger de la viande (moi j’en mange en tous cas!), mais au moins que ce soit en connaissance de cause.
  • Idem pour les vêtements : que H&M, Zara & co mettent de grandes photos des usines au Bangladesh de leurs sous traitants dans tous les magasins.
  • Un remaniement conséquent du catalogue de la Pléiade, dont d’ailleurs je prendrai immédiatement la direction.

Votez pour moi ! (pour avoir testé mon programme sur un certain nombre de personnes, je sais qu’il y a relativement peu de chances pour que je parvienne au pouvoir par les urnes, mais au moins comme ça vous serez prévenu en cas de coup d’état, et de toutes façons je réserverai des ministères sympas aux fidèles lectrices de mon blog).

Bilan au bout de quelques mois

Comme j’en avais parlé , et , cela va faire 4 mois que je suis à glander en terrasse en congé pour création d’entreprise, et comme le fait remarquer une amie : le printemps c’est aussi l’heure des bilans alors qu’est-ce que j’en retire ?

Tout d’abord je ne peux cacher à la fréquence de mes notes sur la gestion du temps que je peine à m’organiser comme je le voudrais : j’ai souvent l’impression désagréable que j’étais bien plus efficace quand je menais de front deux boulots en même temps (plus la vie de famille) que maintenant. Mais en revanche, je suis aussi beaucoup moins stressée, j’ai une hygiène de vie proche de la perfection (sport bi-quotidien, graines de courge et méditation : on peut le dire j’ai  le sourire bienveillant des Trois amis en quête de sagesse sur le corps de Nabilla (sauf les seins à 40000 euros, je fais attention en ce moment), je dors comme un bébé (en mode polyphasique), je passe du quality time en famille à faire pâlir une mère américaine, et je suis beauuuucoup plus patiente à la maison (selon les organisateurs, selon la police ça reste à prouver).

Est-ce que le bureau me manque ? Alors dans l’ensemble non pas du tout sauf une chose : mon équipe (ils étaient drôles, cools, et intelligents, snif). Ce qui me manque du bureau, c’est plutôt l’adrénaline, les deadlines, car quand on bosse pour soi, sur des projets plutôt à long terme, voire pas très bien définis (comme « chercher un sens à ma vie », « voir si je me remets au latin ou pas », « écrire un roman »…), on tombe facilement dans le (grand) doute existentiel. C’est vrai que le bureau offre ce confort de se sentir occupé, à défaut d’être efficace…Du coup comme j’ai toujours l’impression d’être en retard sur mes GPE (= Grands Projets Existentiels), je ne m’autorise pas autant que je voudrais à faire les choses que j’avais tellement envie de faire quand j’étais salariée, à savoir marcher sans but dans Paris, aller voir des films l’après midi, ou partir marcher dans la Creuse. Ça me rappelle l’époque pénible où j’étais étudiante et toujours en retard d’un mémoire à rendre ou d’un devoir à réviser (et où je noyais ma culpabilité à la cinémathèque devant des films d’horreur italiens des années 70).

Bref.

De manière plus fondamentale je voulais aussi profiter de cette expérience pour réfléchir à ce que je ferai plus tard, avec l’idée sous-jacente de peut-être travailler dans un domaine qui ait « du sens » (si tant est que cela veuille dire quelque chose). Je n’ai pas encore vraiment cherché activement dans cette voie, mais je me suis engagée dans diverses (enfin deux) associations en tant que bénévole. Pour l’instant, si cette expérience est très enrichissante à titre personnel (ce qui n’a pas été le cas de toutes mes expériences de bénévolat précédentes), je suis toujours assez mitigée vis à vis de ce domaine, où se côtoient des gens formidables évidemment mais aussi une grande désorganisation (entre les multiples associations et organismes d’état) et pas moins de luttes d’ego qu’ailleurs… Il reste Special Books for Special Kids qui tous les matins redonne du sens à ma vie, mais je n’ai pas encore croisé l’équivalent en France (quand ça arrive, je signe tout de suite !).

Sinon mon idéal de vie qui reste de lire des manuscrits coptes dans un joli endroit au calme, en discutant de la conscience et de l’existence de Dieu avec des esprits éclairés, est toujours furieusement adapté à l’époque actuelle (en 1224, par contre j’aurais été au top), mais on ne se refait pas. Je me console en jouant de la musique ancienne à la guitare et en ressortant la Somme Théologique (je ne la lis pas mais j’aime bien l’avoir sur ma table de nuit) (voilà j’ai fait mon coming-out : je suis une grosse intello, et je suis fan de Saint Thomas d’Aquin).

Mais le plus important ça reste de se préparer au moins de mai, le mois le plus beau de l’année (un mois avec beaucoup de propriétés magiques, d’ailleurs il y avait bien une ou deux cérémonies celtes pour le premier mai)(les blagues sur les celtes sont destinées à mon mari, qui ne lit pas ce blog, mais au cas où…). Et d’aller voir Les malheurs de Sophie (100% de la famille motivée, pour une fois).

 

 

 

Comment être efficace (et ne plus s’agiter pour rien)

Le mois de mai approche et avec lui les longues soirées, les photos sur Instagram sans filtre (parce que la lumière est trop belle), et les couchers de soleils (sans compter les visites aux aubépines au bord des chemins). Il serait dommage de rater tout cela parce que vous avez des examens à réviser ou du travail en retard ou je ne sais quelle obligation absurde. Voilà mes conseils testés et approuvés pour utiliser ce précieux temps sans avoir l’impression de le perdre.

  1. Préférer l’analogique au numérique. Dans mon ancien travail j’avais lancé une pétition pour la suppression des emails, écœurée par la pile d’une centaine de mails qui s’amoncelait dans ma boîte tous les jours alors que tout aurait pu être réglé en trois coup de fils et deux réunions (mon plan étant d’interdire par la suite coup de fils et réunions). Je vous rassure je n’ai eu qu’une signature : la mienne. Les mails ont en effet une vertu : ils évitent la confrontation directe avec la personne, et ils donnent l’impression de travailler (surtout quand on met douze personnes en copie) au lieu de s’occuper des choses réellement utiles et compliquées. Je ne vais pas pousser le vice jusqu’à vous conseiller de remplacer votre boîte gmail par un bloc de correspondance (moi-même je ne le fais pas), mais je ne peux que vous conseiller de ne consulter votre boîte qu’une fois ou deux par jour (suivant l’adage : si c’est urgent, qu’ils appellent), d’écrire au stylo sur des carnets qui dureront des années plutôt que de taper des notes sur votre smartphone qui disparaîtra dans un an. Lire des livres plutôt que de regarder des conférences TedX. Chercher dans l’encyclopédia Universalis (paix à son âme) plutôt que sur wikipedia. Vous voyez l’idée. Car « qui veut gagner sa vie la perdra », et surtout « Qui veut gagner 5 minutes en envoyant un sms dans la rue, finira par marcher dans une crotte de chien, et s’énerver contre le correcteur orthographique. »
  2. Se donner des laps de temps assez long sans distraction pour s’occuper des choses difficiles qu’on repousse tout le temps (vous voyez très bien à quoi je fais référence), comme refaire votre site web, finir cette présentation powerpoint, lire Le Banquet (ne niez pas je vous ai vu cliquer sur la dernière interview de Nabilla et même la lire en entier, donc vous avez forcément un peu de temps pour Agathon, Socrate et leurs amis), ou comme nous le rappelle joliment aubepine apprendre les différentes espèces de fleurs (en latin svp).
  3. Prendre du temps pour méditer, ou prier ou ne rien faire, mais en tous cas vous dissocier de vos pensées. Ce ne sont pas les CD ni les apps de méditations qui manquent en 2016 et à Paris, on n’est jamais à plus de cinq minutes à pied d’une église, vide de surcroît (je déconseille les mosquées de rue, souvent blindées aux heures de pointes, et inconfortables aux autres moments).
  4. Fuyez les open space, ou les bureaux partagés, à moins que vous ne travailliez avec des ingénieurs ou des informaticiens, qui eux sont calmes et agréables à côtoyer (vous les reconnaîtrez à leur grand écran noir sur lesquels s’inscrivent de lignes de code chatoyantes). L’open space est une conspiration mondiale du capitalisme pour réduire le QI des salariés (on est tout le temps déconcentré, et c’est souvent la personne avec la conversation la plus insipide qui gagne – essayez donc de débattre de John Rawls ou des sectes gnostiques en open space). Exigez un bureau qui ferme à clé ou imposez le télétravail.
  5. Attention au trou temporel. Phénomène bien connu du travailleur à domicile ou du salarié désœuvré, grandement facilité par internet et les réseaux sociaux, le trou temporel consiste à ouvrir son navigateur web pour récupérer une information purement professionnelle puis de se lancer dans une ouverture frénétiques d’onglets, de participer à un débat sur facebook sur « tuer les poux est-il vegan? » (ne riez pas ça existe), de rechercher des recettes de cuisines pour un dîner que vous ferez dans dix jours, ou votre location de vacances pour cet été, avant de s’apercevoir que deux heures ont passé, et qu’on n’a rien fait.
  6. Un truc un peu déprimant des livres sur la gestion du temps, mais tristement efficace : notez heure par heure ce que vous faites de vos journées et tirez en les tristes conclusions à la fin de la journée (un peu analogue à la revue du soir prisée par les Pythagoriciens, les jésuites, et certains ordres initiatiques).
  7. Exercez votre concentration en choisissant vos loisirs avec soin : confection de macarons qui demandent attention et précision plutôt que bœuf bourguignon, ou si votre truc c’est la poésie, préférez la sextine au haïku.
  8. Si une idée parasite vous vient à l’esprit, jetez la sur un carnet et ne vous en occupez pas.
  9. Éloignez gentiment mais fermement toutes les personnes susceptibles de vous déconcentrer  : enfant, mari (« où est le ??? » -> remplacez par tout objet de la vie quotidienne), collègues. Pour se concentrer il faut être soit Von Neumann (qui paraît il pouvait écrire des équations au milieu de sa nombreuse famille), soit être désagréable (on n’a rien sans rien).
  10. Récompensez vos heures de labeur par une distraction bien méritée (c’est le moment de regarder des vidéos de chat lancés sur une patinoire, à moins que la stricte discipline imposée ci-dessus vous ait dégoûté de loisirs aussi vils).

Comment penser par soi-même?

« Bien des paroles – tant mauvaises que bonnes – viennent frapper les oreilles des hommes ; ne te laisse pas effrayer par elles et ne te détourne pas non plus pour ne pas les entendre. Réfléchis avant d’agir, pour éviter des sottises. Agir et parler sans discernement est le fait d’un pauvre homme.Ne fais rien sans connaissance de cause et apprends ce qu’il faut savoir. »

Pythagore (attribué à) – Les vers dorés.

Je crois que c’est une des qualités que j’apprécie le plus dans l’espèce humaine (avec le fait de porter de belles chaussures). En effet les écologistes ont beau nous faire pleurer avec la sixième extinction, je n’ai encore jamais croisé de frelon qui se lance dans une polémique sur le revenu universel, ni de canard qui décide un matin de manger sans gluten (avec tous les quignons de pain industriels qu’on leur jette, ils pourraient quand même se remettre en question). Pourtant, que ce soit par paresse ou par peur (il faut dire que dans l’histoire de l’humanité, plusieurs personnes qui pensaient par elle-même ont relativement mal fini), on préfère en général s’enfiler une nouvelle saison de la dernière série à la mode, ou regarder ses mails (mais que faisait l’humanité de tout le temps qu’ils avaient quand ils n’avaient pas de mails à lire? Si les personnes nées avant 1970 pouvaient me répondre, ce serait super) plutôt que de se lancer dans un programme de maïeutique en dix étapes. Mais, heureusement, j’ai pensé à vous, voilà mes conseils :

        1. Ne pas être une femme. Étouffées par des siècles de domination, la plupart des femmes pensent (sans oser l’avouer) qu’elles ne sont pas assez intelligentes. OUI MEME EN 2016. Et, même quand elles ont une thèse en phénoménologie et qu’elles sont en haut de la pyramide alimentaire de leur entreprise, les femmes se sous évaluent toujours intellectuellement. Ce manque de confiance, et la pression ambiante les conduit à lire des articles dans Elle intitulés « Comment assurer au bureau côté look » (réponse du magasine : porter des talons pour mettre ses fesses en valeur SIC), à refuser les positions de pouvoir (réel comme symbolique), et à brader leur temps de cerveau pour des considérations sans intérêt (couleur de rouge à lèvre, régime, garde robe de printemps).

2. Savoir retourner sa veste. Capital. On ne pense pas (bien) par soi même sans s’être remis profondément en question plusieurs fois dans sa vie. Je me méfie toujours des personnes qui ont les mêmes convictions depuis leurs dix-sept ans. Alors, tout le monde n’est pas obligé d’être aussi versatile que moi (j’ai fondé deux partis politiques imaginaire, l’un ultra libéral, l’autre communiste, je suis passé du culte du saucisson au végétalisme, et de manière générale je dis du mal des livres que je n’ai pas lus, avant de décréter qu’ils sont géniaux), mais n’ayez pas honte à changer d’avis, même radicalement.

3. Supprimer les stimuli verbaux et visuels (nombreux dans la société de spectacle post capitalistique dans laquelle nous vivons) qui vous conditionnent et vous empêchent de penser. Les neurones sont paresseux une fois qu’un circuit est activé, c’est très dur de le débrancher (ce que savent tous ceux qui ont essayé d’arrêter de fumer ou d’acheter des vestes chez Zara). Donc bien entendu éteindre la télévision, la radio, ne plus regarder les panneaux publicitaires, les pubs dans le métro, ou les vitrines des magasins, ne plus lire la presse (ne répondez pas « sauf le Monde Diplo quand même », personne ne lit le Monde Diplo, c’est écrit trop petit, et on ne comprend pas du tout comment l’article continue quand on change de colonne.)

4. Ne pas avoir d’avis sur tout. Eh oui il faut accepter de ne pas connaître un sujet et de n’en avoir rien à dire contrairement à ce que les une du Parisien (« Pour ou contre la privatisation des radars? ») ou les plateaux télés vous laissent penser. Acceptez de ne pas avoir d’opinion sur un sujet donné au lieu de vouloir donner à tout prix votre « avis » (qui ne sera que la ressassée des différents commentaires sur Facebook lus récemment). Reconnaître son ignorance n’a rien de honteux, c’est même par là que certains grands esprit mettent le début de la pensée.

5. Ne pas avoir peur d’être impopulaire, quitte à garder certaines de ses opinions pour soi (en attendant d’avoir changé d’avis). Plus vous pensez par vous même,  plus les mass media et la plupart des conversations mondaines vous exaspéreront (un phénomène déjà dénoncé par Socrate). Profitez en pour vous taire (on a toujours l’air plus intelligent quand on ne parle pas) et prenez le temps d’étudier vos semblables, ou de répéter mentalement la table de 87. Si vraiment vous craquez, vous pouvez toujours tenir votre journal en cachette comme Philippe Muray, et attendre votre mort pour qu’il soit lu avec dévotion (« Il avait donc tout prédit! »)

      6. Fréquenter des gens variés de milieux, d’âge et de professions différents. Quand on vit dans une bulle, même une bulle pleine de philosophes et d’intellectuels du sixième arrondissement, on se racornit vite. Ah oui et reconnaître les imbéciles (on a beau dire que chacun a toujours quelque chose d’intéressant à raconter, eh bien c’est parfois faux), et les fuir sans concession. Attention ils sont parfois surdiplômés, et emploient des mots compliqués.

7. Lire (faut-il vraiment élaborer?). De préférence les penseurs du passé (ils ont survécu au filtre du temps, en plus n’ayant ni Instagram, ni trajets en RER A, ils disposaient de beaucoup plus de quality time avec leur cerveau que nous), ou à défaut leurs fiches Wikipédia. Vous l’aurez peut-être compris en lisant ce blog, j’ai un faible pour les grecs (ils sont clairs et ils avaient tout compris), mais si votre truc c’est le taoïsme ou l’idéalisme allemand, go for it.

8. Avoir des discussions intéressantes (si possible ailleurs que sur FB) sur des sujets intéressants avec des gens intéressants qui ne sont pas d’accord avec vous (sinon ça tourne vite court). Si ça nécessite de couper les ponts avec votre bande d’amis du lycée dont l’unique centre d’intérêt tourne désormais autour des billets d’avions low cost ou des comparaisons de taux d’emprunts, eh bien tant pis.

9. Ne pas se prendre au sérieux. Ne pas croire qu’on a raison. Bien comprendre ce qui relève du démontrable en tant que tel et ce qui relève du « modèle de pensée » en d’autres mots de la croyance. Le livre de Thomas Kuhn La structure des révolutions scientifiques m’a beaucoup éclairée sur ce point. En fait à part les mathématiques (et encore rappelez vous le lemme de Zorn, à un moment il faut croire religieusement à un axiome pour que le système tienne), tous les modèles de la connaissances se heurtent à des « frontières », c’est à dire à des moments où il faut admettre des postulats. Ce n’est pas un problème, l’être humain fonctionne par représentations et croyances comme l’a brillamment expliqué Yuval Noah Hariri  (un type qui pense par lui même !) dans Sapiens, mais il faut bien se rendre compte qu’on vit dans un modèle qui relève de la croyance au lieu d’être persuadé qu’on a tout démontré et que le système tient tout seul.

10. Passer du temps seul(e) à exercer une activité délassante comme promener votre chien, broder l’intégralité des fragments d’Héraclite sur des serviettes de bains, tailler votre haie, ou écrire dans vos carnets, et en profiter pour réfléchir. Sans doute un des plus grand bonheurs de l’existence avec la tarte au citron, non?

Que faire dans le neuvième arrondissement?

J’ai remarqué que beaucoup de blogueuses aimaient bien donner leurs « bons plans » et je ne vois pas pourquoi je dérogerai à la règle, d’autant que j’habite dans un quartier qui est objectivement le plus beau de Paris, et dont je ne laisserai personne dire du mal, malgré ses hordes de touristes (au sud), de hipsters portlandais (au nord), et de foodistas hystériques (un peu partout).

Alors voilà selon moi la liste des choses indispensables à faire dans le 9ème :

#Être riche. Eh oui, même si subsistent encore quelques locataires loi 48 qui habitent des appartements aussi surannés que décrépis guettés avec avidité par leurs héritiers et voisins, avec un mètre carré à 10 000 euros (autour de la place saint Georges), et un litre d’huile d’olive à quinze euros (elle est bio, aucune plante n’a été maltraitée, et elle a été acheminée en véhicule non polluant), pour vivre dans le neuvième, il faut les moyens, à moins d’être un des heureux locataires des rares HLM du quartier.

#Casser votre PEL et faire vos courses dans les magasins mono-produits de la rue des Martyrs. La rue des Martyrs ressemble à peu près à ce qu’elle était dans les années 50, contrairement à beaucoup de rues commerçantes parisiennes, à un détail près : l’ensemble des commerces de bouche a été remplacé par des échoppes ultra branchées mono produits ouvertes par d’ex-consultants en mal de reconversion. Vous y trouverez donc un magasin spécialisé dans le miel, un autre dans le jambon espagnol, un troisième dans les choux à la crème. Au bout du dixième, on a dépensé 250 euros et acheté de quoi servir un repas.

#Draguer un rocker au PCC (=Pigalle Country Club, mais ne l’appelez pas comme ça pour ne pas saper votre rock credibility). Eh oui le 9ème c’est aussi les clubs de rocks, les magasins de guitare et Yarol Poupaud. Le meilleur bar du quartier avec la meilleure B.O.,  et les cocktails les plus forts est incontestablement le très bruyant Pigalle Country Club, où officie le Pape du cool et ses groupies.

#Dire merde au végétalisme aux Trois Coqs. Une boucherie fréquentée par toutes les personnes âgées du quartier (signe de qualité) qui ne comprennent rien à ce qu’on vend dans les autres magasins (cf supra).

#Apprendre les bases du PMU chez Magid : Magid tient le bar à l’angle rue La Bruyère / rue Pigalle. Les joueurs du quartier et d’au delà vont jouer dans le tabac d’en face, mais vont boire chez lui, et surtout discuter stratégie, parce que c’est là que ça se passe. A n’importe quelle heure du jour et de la nuit, vous trouverez – outre une galerie de portraits digne d’un livre de Jacques Yonnet – un volontaire pour vous donner deux trois tuyaux pour investir intelligemment votre RSA ou l’héritage de votre tante Jeannette.

#Jouer les paparazzi au croisement des rues ND de Lorette / Pigalle et Chaptal. Mettez vos lunettes noires, plantez vous dans la queue chez Causse après avoir acheté une tomate à cinq euros, et guettez Stéphane Bern, Caroline de Maigret, Stéphane de Groodt, ou Marina Fois qui habitent le quartier.

#Communiquer avec des esprits : on l’oublie trop souvent, mais le neuvième a été un des haut lieux de l’occultisme au XIXème siècle et au début du XXème. Achetez une moisson de livres à la table d’Isis, rue Fontaine, passez devant la demeure d’André Breton (au 42), puis faites un tour avenue Trudaine, où habitait Stanislas de Guaita, ami de Barrès et fondateur d’un des multiples ordres de la Rose Croix avec l’immortel Joséphin Péladan.

#S’offrir des émotions fortes et faire du sport en même temps en allant nager dans la piscine de la rue Rochechouart (la plus profonde de Paris, brrr), ou en remontant la rue Notre Dame de Lorette ou la rue des Martyrs sur un Velib de quarante kilos sans faire de pause.

#Aller discuter littérature chez Nasser : Nasser tient une minuscule épicerie ouverte jour et nuit rue Fontaine, et adore parler de livres, de Jacques Demy, ou du cinéma hollywoodien des années 50.  En plus d’être charmant, et ultra cultivé, il accueille avec la même courtoisie les hordes de fêtards saouls, que les derniers poètes surréalistes du quartier (j’ai un souvenir assez hallucinant d’une récitation quasi intégrale des Contemplation entre deux boîtes de petits pois). Allez-y un samedi sur le coup de trois heures du matin, dépaysement assuré.

#Rêver aux endroits disparus (les jardins de Tivoli, le Chat Noir, le Cabaret de la Grande Pinte, où se trouve aujourd’hui l’église de la Trinité), et comble du snobisme utiliser les anciens noms de rue quand vous donnez des rendez-vous (rue Bréda au lieu de la rue Henry-Monnier, ou rue de Laval au lieu de la rue Victor Massé).

#Potasser le guide des façades parisiennes et étaler votre science nouvellement acquise en vous promenant dans les sublimes rues de la Nouvelle Athène (rue La Bruyère, Henner, Chaptal…) en maudissant la lourdeur du style haussmannien.

#rendre visite aux éditions rue fromentin, nommées ainsi en hommage au quartier (entre autre).

 

Procrastination suite

Hier je suis tombée sur cet hilarant article, qui j’espère vous fera rire (jaune) autant que moi. Et puis maintenant que je suis toute la journée sur Facebook freelance, je suis dix-huit fois plus confrontée à ce démon de l’homme moderne (Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés). On peut en effet raisonnablement supposer que l’homme des cavernes ne procrastinait pas pour tuer son mammouth, ou tailler un silex : à l’époque soit c’était une question de vie ou de mort, soit il y avait tellement peu de contraintes (imaginez : pas de mot de passe à réinitialiser parce que vous les avez oubliés, pas de courrier de l’administration, pas de réunion de parents d’élèves) qu’on peut raisonnablement supposer que les gens faisaient ce qu’ils avaient à faire au moment où c’était possible / cela leur passait à l’esprit (Tiens si je peignais un bison sur ce mur, là ?).

Comme je l’ai écrit dans une précédente note, j’ai des vues assez sombres sur le sujet : notre cerveau est câblé comme ça, on n’y peut pas grand chose (Étroite est la porte qui mène à la déclaration d’impôts, et large le chemin qui nous conduit à updater Instagram toutes les cinq minutes) : nous aurons toujours une partie du cerveau qui fera comme un homme politique des promesses irréalisables (demain je range mon dressing, je vais à la gym à 7h pour amortir mon abonnement, et je réduis le chômage de trois points), et un cerveau primaire , qui tel un électeur insatisfait réclame le retrait de toutes les lois votées précédemment en vertu d’un truc super fort : le principe de plaisir.

D’ailleurs le hobby préféré des grands procrastinateurs est de passer leur temps sur des blogs qui leur disent de s’y mettre là, maintenant (le grand hobby des procrastinateurs est surtout de faire tout sauf ce qu’ils ont à faire, c’est pourquoi l’appartement des gens qui bossent chez eux est souvent incroyablement rangé et propre, ou qu’ils se lancent dans des activités longues, minutieuses et consommatrices de temps (rangement de la bibliothèque par ordre typographique, épilation des jambes à la pince, confection d’albums photos de plusieurs Tera, lecture minutieuse de la revue de tous les hôtels de Rome sur Trip Advisor, au cas où on organiserait enfin ce voyage).

En effet comme je le théorisais brillamment devant un jus de légume, dans la vie tout est difficile – contrairement à ce que les livres de développement personnels vous laissent croire : commencer, persévérer et terminer.

Commencer est difficile parce que la perspective de se lancer dans quelque chose qu’on n’a pas très envie de faire revient à se lever à 5h pour aller se lancer dans un footing de 30 km, suivi d’une douche froide.

Persévérer est difficile, parce si tant est que par miracle on ait réussi à se lancer, arrivera forcément le moment où notre petit démon intérieur se mettra à dire (au hasard) : c’est nul / je n’y arrive pas / c’est chiant / je suis fatiguée / si j’allais lancer une lessive / prendre un café avec Martine / regarder mes sms / faire une liste de ce que j’avais à faire (ah oui un autre hobby des procrastinateurs : faire des listes de choses à faire). Ou alors on avait cru à ceux qui vous avaient dit que ce serait facile et qu’il suffisait de se lancer, qu’ensuite vous vous retrouveriez dans le « flow » (énorme bullshit moi je ne suis dans le flow que quand je suis en plein dans une activité régressive et non productive).

Enfin terminer est difficile, parce que terminer cela veut dire se confronter au principe de réalité : eh oui on aura un redressement fiscal cette année, ou il manquait un papier auquel cas le cycle angoisse / procrastination / remord va recommencer, ou le rapport de boulot qu’on vient de finir à grand peine, est finalement assez nul.

Ce qui marche (quand même un peu) :

Se traiter comme un enfant de deux ans qui fait un caprice dans un magasin. Ne pas essayer d’utiliser la menace, le chantage ou pire l’argument rationnel (« bon là on s’y met on a déjà dix jours de retard »). Se parler fermement mais calmement tout en se tirant par la main du rayon bonbon. Mais surtout ne PAS s’écouter. Vous vous rappelez Ulysse et les Sirènes? C’est pareil.

Fréquenter des gens qui arrivent à faire ce qu’on n’arrive pas à faire. Certaines personnes sont des pros du rangement (et sont même devenues millionnaires en conseillant à l’humanité de transférer le contenu de ses étagères Billy dans un sac poubelle). D’autre adorent courir huit heures par semaine (si si j’en connais). D’autres aiment bien travailler et s’ennuient quand elles n’ont rien à faire. D’autres enfin n’ont aucun problème à prendre le temps d’écrire, de dessiner ou de jouer de la musique trois fois par semaines. Personne à ma connaissance n’a de fascination pour les déclarations au RSI, mais la gamme des perversions humaines étant vaste (si l’on s’en réfère aux 120 journées de Sodome), ces gens-là existent forcément, trouvez les. Soyez un bernard l’hermite ! Installez vous sans vergogne dans leur coquille, et laissez vous entraîner dans leur sillage.

Rejoindre un club de P.A. (procrastinateurs anonymes). Je suis une fan de la méthode des A.A. et je rêve de participer aux réunions (même si mon mari me dit qu’avec mes trois verres et demi par semaine, je me ferai jeter dehors à coup de pieds). Parce que je trouve que rien ne vaut le support d’un groupe, et que les douze principes déchirent grave. Je rêve que se monte un club des P.A., de me lever et de dire devant tout le monde le 30 juin : « Bonjour je m’appelle Marie, et je n’ai toujours rien organisé pour les vacances d’été. »

Savoir comment vous fonctionnez. Rappelez vous l’inscription du fronton de Delphes. Observez à quel point vous êtes malheureux quand vous repoussez quelque chose à plus tard et que vous essayez de vous distraire, et à quel point vous êtes malheureux (parce que c’est dur), mais quand même moins quand vous travaillez. De mon côté ça marche beaucoup mieux que l’infantilisant « tu te sentiras mieux après ».

Mais une fois que vous serez devenus un roi de l’organisation…prenez le temps pour faire des trucs cools quand même. Contrairement à ce que tentent de nous expliquer des âmes mal intentionnées, la vie n’est pas une vallée de larmes. Il y a aussi de la place pour les films de Will Ferrell et les tartes au citron. ET la déclaration d’impôt.