Comment s’habiller sans faire travailler des femmes enceintes et des enfants?

Oui parce que c’est bon maintenant vous n’allez plus au supermarché grâce à mon post précédent, mais (si vous êtes une femme notamment) il reste la difficile question de l’habillement. Même si on arrête d’acheter des paquets de Pim’s en cas de crise ou des pots géants de Nutella, il reste la difficile question du petit haut soldé à 19,99 euros. En ce moment j’arpente les villes de province de la France entière et dans tous les centre-ville, c’est simple il n’y a plus une boucherie, plus une boulangerie, mais des rangées entières de magasins de vêtements. Alors déjà je vous décomplexe, de ce côté là je suis encore très loin de la perfection (pour les enfants notamment, où je fais régulièrement des rafles chez Petit Bateau ou Monop), mais je me soigne. Et comparé à un temps pas si lointain, où je ramenais un samedi sur deux des sacs entiers de chez H&M, je me dis que j’ai quand même pas mal progressé.

  1. Lisez No Logo de Naomi Klein. C’est The Bible, le livre qui vous dégoûtera (momentanément) du jean et du t-shirt en jersey à 2,99 euros. Ah oui il date de l’an 2000, mais honnêtement je ne pense pas que la question des conditions de travail et du désastre écologique de la culture du coton soit moins d’actualité.
  2. Arrêtez de lire les blogs qui parlent de mode, d’habillement, de rouge à lèvre, ou de « comment trouver son style » Dans l’ensemble ils sont tous (consciemment ou pas) sponsorisés par les grandes marques de prêt à porter, et / ou de beauté, et visent à créer une chose : de la frustration (envie du petit haut de la dernière collection, plus sentiment ne pas être assez mince). Si la mode vous passionne, achetez vous plutôt des livres d’art, de cinéma, allez dans les musées, ou les galeries de photo, et relisez Proust et Cocteau, vous y trouverez plus d’inspiration que sur un blog sponsorisé par Sandro et Maje.
  3. Achetez (cher) des vêtements (et des chaussures) qui ne se démodent pas, dans des matières nobles (lin, comme les disciples de Pythagore, soie, laine, cachemire…) – et cela va sans dire fabriqués en France. Attention à l’étiquette « made in France » qui parfois ne concerne que la touche finale du vêtement (par exemple les boutons sont cousus en France, mais tout le reste a été fait au Bangladesh). Un indice : si une marque a besoin de faire de la pub, ce n’est pas bon signe (autrefois on pouvait encore se fournir chez Bompard, qui n’avait qu’une boutique à Paris, ou Weston, ou Repetto, maintenant c’est terminé). Questionnez vos amis snobs s’il le faut pour obtenir le nom de leurs fournisseurs, cherchez les petits fabriquants qui font des séries limitées, ou alors les marques ultra snob. Un autre indice : un vêtement de bonne qualité coûte (souvent) cher. Pour les coupes, choisissez des coupes qui ne se démodent pas, et qui sont adaptées à leur morphologie. Ou alors – solution adoptée par mon père – achetez toute votre garde robe une année donnée (pour lui c’était 1974) et attendez qu’ils reviennent à la mode, en refusant de changer entre temps.
  4. Arrêtez de faire des régimes et de maigrir, puis regrossir, puis re-maigrir. Gardez un poids et une taille de vêtements stable, cela vous évitera des rachats de garde robe permanent.
  5. Quand vous trouvez un vêtement qui vous plaît, qu’il est de bonne qualité et fabriqué dans des conditions correctes, achetez en directement deux ou trois, dans des couleurs différentes.
  6. Arrêtez d’acheter des sacs. Le sac à main est un pur objet du capitalisme : souvent inutile (un sac en tissu remplit la même fonction), c’est l’un des objets du prêt à porter avec la marge la plus élevée de l’industrie du luxe (lisez Luxe & co de Dana Thomas). On nous martèle la tête avec l’idée qu’il est normal de payer près de 300 euros (quand ce n’est pas plus) pour un objet qui peut tout à fait être remplacé par …n’importe quoi (voire vos poches si vous vous débrouillez bien), qui n’est pas pratique, et qui – blague –  se démode tous les ans. S’il y a bien un emblème des formes modernes de l’aliénation féminine, c’est bien le sac. Boycottez  !
  7. N’achetez plus rien. Une solution choc surtout si vous n’avez pas les moyens du 3. Vous verrez qu’en fait un vêtement est assez inusable et que vous pouvez tenir deux ou trois ans (voire plus) avec les même pièces. Ou mieux si vous êtes manuelle : apprenez à coudre.
  8. Si vraiment vous ne tenez pas le choc : achetez vintage. Entre le bon coin, ebay, et les milliards de boutiques qui fleurissent ici et là, le choix ne manque pas (et près de chez moi une des meilleures adresses de toute la France : Troc en stock, 6 rue Clauzel).
  9. Arrêtez de fréquenter vos copines qui sont dans la mode, le cinéma (culte de l’apparence), ou qui travaillent 70 heures par semaine dans des cabinets d’avocats ou de conseil et qui pour compenser s’achètent un manteau à 1500 euros tous les mois – (je sais, je l’ai fait, on déteste tellement l’argent qu’on gagne qu’on se venge par des dépenses ostentatoires). Fréquentez plutôt des hommes, si vraiment la pression mimétique est trop forte.

Voilà, avec tout cet argent économisé vous pourrez  – comme je viens de le faire offrir – une nuit en cabane dans les arbres à vos enfants (un indice : pensez à l’anti-moustique), ou les deux tomes de la Pléiade de Foucault pour tenter de trancher cette difficile question : était-ce une imposture intellectuel ou au contraire l’un des penseurs fondamentaux du XXème siècle?

Sur ce bonnes vacances à tout le monde !

5 réponses

  1. Bien d’accord avec cet article. Autres tips:
    – piquer les vieux pulls de son male (au lieu d’aller acheter pour 60 boules des équivalents moches chez urban outfitters). Plus globalement le concept de « racler les fonds de penderies des autres » marche plutot bien (surtout si on vit dans un matriarcat)
    – voler les basiques dont on a besoin (débardeur, chaussettes, culottes) chez les grosses chaines low cost dégueu genre H&M ou Zara. J’espere que la police nationale ne lit pas ce blog mais franchement c’est la solution: a) sur ce genre de vetements « pres du corps » il n’y a souvent pas d’antivol, donc on peut facilement se débarasser du prix dans la cabine d’essayage b) c’est un peu le meme principe « robin des bois » que dévaliser les banques qui font de la gestion de fortune et aident les gros riches a frauder le fisc (si un truc est mal produit, mais qu’on est pauvre et qu’on en a besoin, autant le voler)
    – faire plein de sport, afin de faire accepter a un entourage esthétiquement exigeant le multi-emploi de certains vetements (en ce moment je m’engage sur la pente dangereuse consistant a porter brassiere et short de sport 24h/24 et 7j/7, pas de brame a signaler pour l’instant. J’espere continuer sur ma lancée en imposant le port des baskets adadas en ville)

    • Ah oui le vol c’est une bonne solution en effet. Je m’entraînerai chez Monop’ la prochaine fois. Quant au multi-emploi j’ai essayé de passer un peu de temps en parka de rando et / ou pantalon de yoga et / ou short de course à pied mais il y a eu trop de menaces (ma moitié ne porte que du sur mesure – rapiécé, mais sur mesure), donc j’ai dû arrêter.

  2. Maintenant que j’y pense, depuis toutes ces années je fais travailler une femme pour m’habiller, moi. Bon, ce n’est pas pour me venger sur les autres mais je me suis acheté une jupe short ( trop dur à faire) qui avait tellement honte de sa provenance qu’elle ne l’indiquait même pas sur l’étiquette… Je sais, c’est mal. Mais j’ai fait toutes mes courses au marché avec mes sacs en tissu et mes boites en plastique, et je peux te dire que interdit ou pas depuis le 1er juillet, il faut drôlement lutter pour refuser les sacs en plastique :-S
    Et sinon, No logo, Luxe &co, Foucault, voilà j’ai ma newsletter. ( même si quand tu parlais de page turner, je n’aurais pas forcément pensé à Foucault…)

  3. Le raclage de fond de penderie me satisfait aussi! A la faveur de la mort de ma mère-grand (coeur brisé) je me suis refait un stock de débardeurs des plus réjouissants. Sinon les friperies et vide-greniers de temps à autres me dépannent aussi, et puis trouver des chaussures à un vide-greniers est source de très grande jouissance (LA paire oasis au milieu d’un désert de laideur). Il y a juste pour les sous-vêtements que je coince… je suis donc allée très honteusement au Karstadt frayer avec les soutiens-gorge Esprit ou Triumph, la queue éthique bien basse.

  4. Je suis d’accord avec tout, sauf le 4.
    Tout le monde ne peut pas maintenir un poids stable… Je parle de moi, évidemment, en l’occurrence, je fais toujours une taille de plus avant l’été et donc « je fonds » de juillet à septembre (ce qui est drôle, c’est qu’on me le fait remarquer chaque année, sans se rendre compte que c’est à chaque fois la même chose). Cela vient d’allergies croisées complexes qui se manifestent avec le printemps. Bref, dans ce cas-là, on applique tous les principes présentés ici, mais on accepte d’avoir des vêtements de tailles différentes.

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