Comment être efficace (et ne plus s’agiter pour rien)

Le mois de mai approche et avec lui les longues soirées, les photos sur Instagram sans filtre (parce que la lumière est trop belle), et les couchers de soleils (sans compter les visites aux aubépines au bord des chemins). Il serait dommage de rater tout cela parce que vous avez des examens à réviser ou du travail en retard ou je ne sais quelle obligation absurde. Voilà mes conseils testés et approuvés pour utiliser ce précieux temps sans avoir l’impression de le perdre.

  1. Préférer l’analogique au numérique. Dans mon ancien travail j’avais lancé une pétition pour la suppression des emails, écœurée par la pile d’une centaine de mails qui s’amoncelait dans ma boîte tous les jours alors que tout aurait pu être réglé en trois coup de fils et deux réunions (mon plan étant d’interdire par la suite coup de fils et réunions). Je vous rassure je n’ai eu qu’une signature : la mienne. Les mails ont en effet une vertu : ils évitent la confrontation directe avec la personne, et ils donnent l’impression de travailler (surtout quand on met douze personnes en copie) au lieu de s’occuper des choses réellement utiles et compliquées. Je ne vais pas pousser le vice jusqu’à vous conseiller de remplacer votre boîte gmail par un bloc de correspondance (moi-même je ne le fais pas), mais je ne peux que vous conseiller de ne consulter votre boîte qu’une fois ou deux par jour (suivant l’adage : si c’est urgent, qu’ils appellent), d’écrire au stylo sur des carnets qui dureront des années plutôt que de taper des notes sur votre smartphone qui disparaîtra dans un an. Lire des livres plutôt que de regarder des conférences TedX. Chercher dans l’encyclopédia Universalis (paix à son âme) plutôt que sur wikipedia. Vous voyez l’idée. Car « qui veut gagner sa vie la perdra », et surtout « Qui veut gagner 5 minutes en envoyant un sms dans la rue, finira par marcher dans une crotte de chien, et s’énerver contre le correcteur orthographique. »
  2. Se donner des laps de temps assez long sans distraction pour s’occuper des choses difficiles qu’on repousse tout le temps (vous voyez très bien à quoi je fais référence), comme refaire votre site web, finir cette présentation powerpoint, lire Le Banquet (ne niez pas je vous ai vu cliquer sur la dernière interview de Nabilla et même la lire en entier, donc vous avez forcément un peu de temps pour Agathon, Socrate et leurs amis), ou comme nous le rappelle joliment aubepine apprendre les différentes espèces de fleurs (en latin svp).
  3. Prendre du temps pour méditer, ou prier ou ne rien faire, mais en tous cas vous dissocier de vos pensées. Ce ne sont pas les CD ni les apps de méditations qui manquent en 2016 et à Paris, on n’est jamais à plus de cinq minutes à pied d’une église, vide de surcroît (je déconseille les mosquées de rue, souvent blindées aux heures de pointes, et inconfortables aux autres moments).
  4. Fuyez les open space, ou les bureaux partagés, à moins que vous ne travailliez avec des ingénieurs ou des informaticiens, qui eux sont calmes et agréables à côtoyer (vous les reconnaîtrez à leur grand écran noir sur lesquels s’inscrivent de lignes de code chatoyantes). L’open space est une conspiration mondiale du capitalisme pour réduire le QI des salariés (on est tout le temps déconcentré, et c’est souvent la personne avec la conversation la plus insipide qui gagne – essayez donc de débattre de John Rawls ou des sectes gnostiques en open space). Exigez un bureau qui ferme à clé ou imposez le télétravail.
  5. Attention au trou temporel. Phénomène bien connu du travailleur à domicile ou du salarié désœuvré, grandement facilité par internet et les réseaux sociaux, le trou temporel consiste à ouvrir son navigateur web pour récupérer une information purement professionnelle puis de se lancer dans une ouverture frénétiques d’onglets, de participer à un débat sur facebook sur « tuer les poux est-il vegan? » (ne riez pas ça existe), de rechercher des recettes de cuisines pour un dîner que vous ferez dans dix jours, ou votre location de vacances pour cet été, avant de s’apercevoir que deux heures ont passé, et qu’on n’a rien fait.
  6. Un truc un peu déprimant des livres sur la gestion du temps, mais tristement efficace : notez heure par heure ce que vous faites de vos journées et tirez en les tristes conclusions à la fin de la journée (un peu analogue à la revue du soir prisée par les Pythagoriciens, les jésuites, et certains ordres initiatiques).
  7. Exercez votre concentration en choisissant vos loisirs avec soin : confection de macarons qui demandent attention et précision plutôt que bœuf bourguignon, ou si votre truc c’est la poésie, préférez la sextine au haïku.
  8. Si une idée parasite vous vient à l’esprit, jetez la sur un carnet et ne vous en occupez pas.
  9. Éloignez gentiment mais fermement toutes les personnes susceptibles de vous déconcentrer  : enfant, mari (« où est le ??? » -> remplacez par tout objet de la vie quotidienne), collègues. Pour se concentrer il faut être soit Von Neumann (qui paraît il pouvait écrire des équations au milieu de sa nombreuse famille), soit être désagréable (on n’a rien sans rien).
  10. Récompensez vos heures de labeur par une distraction bien méritée (c’est le moment de regarder des vidéos de chat lancés sur une patinoire, à moins que la stricte discipline imposée ci-dessus vous ait dégoûté de loisirs aussi vils).

10 réponses

  1. Haha, chère Marie, comme tes articles tombent à pic!!!
    Après une longue balade dans le vert d’un parc parisien, une sieste, un peu de « tourner en rond » « j’arrive pas à m’y mettre…. », je me suis dit qu’il était temps d’attaquer le programme du weekend (17h45 = soirée boulot en perspective, bien fait pour moi) (4 grosses tâches, aucune ne me stimulant plus que l’autre pour le moment). Avant de commencer, je me suis dit qu’une petite relecture de ton précédent article sur la procrastination ne me ferait pas de mal : celui-ci aussi est top!
    Le pire du pire pour moi : le point 5, soit la plongée non maîtrisée dans un insondable vortex temporel et numérique …
    bon weekend!

    • Ah oui mais tu as pris le temps d’écrire une magnifique note de blog pour saluer le printemps alors quoiqu’il arrive, ton week-end n’est pas perdu 😉

  2. Marie, je ne peux m’empêcher d’interrompre ma lecture en terrasse pour te recommander ce livre, qui rue un peu dans les brancards (et sur lequel je ferai une note de blog): « le syndrome du bien être » qui vient d’être traduit et publié aux éditions l’échappée (ok, bien de gauche mais très bonne maison). Même s’il apporte une note dissonante, il pourra peut être t’intéresser

  3. Je ne sais pas si Agathon et ses amis ont vraiment fait tant de bien que ça à l’humanité en lui faisant croire qu’on peut dire des choses profondes et définitives dans un état d’ébriété avancée. Nabilla, en revanche, en dépit des faibles encouragements du paragraphe 1 de la note précédente, a quand même observé le 3 le 6 et le 10 (en prison), ainsi que le 2, ce qu’elle nous fait savoir en écrivant un livre (presque le 7). Pas si mal ? Non ?
    Bon ok, je vais peut être me remettre au 5.

  4. Préférer l’analogique au numérique, oui, mais si je prends spontanément des notes dans un carnet et non sur le smartphone, j’avoue avoir de plus en plus le réflexe de chercher la définition d’un mot sur internet plutôt que dans le dictionnaire… La chose qui me désole vraiment, je n’arrive plus à écrire une vraie lettre, à passer une heure avec son destinataire. Je n’écris plus que des petits mots. Le reste : des mails, plus fréquents, plus courts, plus superficiels.

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