Procrastination suite

Hier je suis tombée sur cet hilarant article, qui j’espère vous fera rire (jaune) autant que moi. Et puis maintenant que je suis toute la journée sur Facebook freelance, je suis dix-huit fois plus confrontée à ce démon de l’homme moderne (Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés). On peut en effet raisonnablement supposer que l’homme des cavernes ne procrastinait pas pour tuer son mammouth, ou tailler un silex : à l’époque soit c’était une question de vie ou de mort, soit il y avait tellement peu de contraintes (imaginez : pas de mot de passe à réinitialiser parce que vous les avez oubliés, pas de courrier de l’administration, pas de réunion de parents d’élèves) qu’on peut raisonnablement supposer que les gens faisaient ce qu’ils avaient à faire au moment où c’était possible / cela leur passait à l’esprit (Tiens si je peignais un bison sur ce mur, là ?).

Comme je l’ai écrit dans une précédente note, j’ai des vues assez sombres sur le sujet : notre cerveau est câblé comme ça, on n’y peut pas grand chose (Étroite est la porte qui mène à la déclaration d’impôts, et large le chemin qui nous conduit à updater Instagram toutes les cinq minutes) : nous aurons toujours une partie du cerveau qui fera comme un homme politique des promesses irréalisables (demain je range mon dressing, je vais à la gym à 7h pour amortir mon abonnement, et je réduis le chômage de trois points), et un cerveau primaire , qui tel un électeur insatisfait réclame le retrait de toutes les lois votées précédemment en vertu d’un truc super fort : le principe de plaisir.

D’ailleurs le hobby préféré des grands procrastinateurs est de passer leur temps sur des blogs qui leur disent de s’y mettre là, maintenant (le grand hobby des procrastinateurs est surtout de faire tout sauf ce qu’ils ont à faire, c’est pourquoi l’appartement des gens qui bossent chez eux est souvent incroyablement rangé et propre, ou qu’ils se lancent dans des activités longues, minutieuses et consommatrices de temps (rangement de la bibliothèque par ordre typographique, épilation des jambes à la pince, confection d’albums photos de plusieurs Tera, lecture minutieuse de la revue de tous les hôtels de Rome sur Trip Advisor, au cas où on organiserait enfin ce voyage).

En effet comme je le théorisais brillamment devant un jus de légume, dans la vie tout est difficile – contrairement à ce que les livres de développement personnels vous laissent croire : commencer, persévérer et terminer.

Commencer est difficile parce que la perspective de se lancer dans quelque chose qu’on n’a pas très envie de faire revient à se lever à 5h pour aller se lancer dans un footing de 30 km, suivi d’une douche froide.

Persévérer est difficile, parce si tant est que par miracle on ait réussi à se lancer, arrivera forcément le moment où notre petit démon intérieur se mettra à dire (au hasard) : c’est nul / je n’y arrive pas / c’est chiant / je suis fatiguée / si j’allais lancer une lessive / prendre un café avec Martine / regarder mes sms / faire une liste de ce que j’avais à faire (ah oui un autre hobby des procrastinateurs : faire des listes de choses à faire). Ou alors on avait cru à ceux qui vous avaient dit que ce serait facile et qu’il suffisait de se lancer, qu’ensuite vous vous retrouveriez dans le « flow » (énorme bullshit moi je ne suis dans le flow que quand je suis en plein dans une activité régressive et non productive).

Enfin terminer est difficile, parce que terminer cela veut dire se confronter au principe de réalité : eh oui on aura un redressement fiscal cette année, ou il manquait un papier auquel cas le cycle angoisse / procrastination / remord va recommencer, ou le rapport de boulot qu’on vient de finir à grand peine, est finalement assez nul.

Ce qui marche (quand même un peu) :

Se traiter comme un enfant de deux ans qui fait un caprice dans un magasin. Ne pas essayer d’utiliser la menace, le chantage ou pire l’argument rationnel (« bon là on s’y met on a déjà dix jours de retard »). Se parler fermement mais calmement tout en se tirant par la main du rayon bonbon. Mais surtout ne PAS s’écouter. Vous vous rappelez Ulysse et les Sirènes? C’est pareil.

Fréquenter des gens qui arrivent à faire ce qu’on n’arrive pas à faire. Certaines personnes sont des pros du rangement (et sont même devenues millionnaires en conseillant à l’humanité de transférer le contenu de ses étagères Billy dans un sac poubelle). D’autre adorent courir huit heures par semaine (si si j’en connais). D’autres aiment bien travailler et s’ennuient quand elles n’ont rien à faire. D’autres enfin n’ont aucun problème à prendre le temps d’écrire, de dessiner ou de jouer de la musique trois fois par semaines. Personne à ma connaissance n’a de fascination pour les déclarations au RSI, mais la gamme des perversions humaines étant vaste (si l’on s’en réfère aux 120 journées de Sodome), ces gens-là existent forcément, trouvez les. Soyez un bernard l’hermite ! Installez vous sans vergogne dans leur coquille, et laissez vous entraîner dans leur sillage.

Rejoindre un club de P.A. (procrastinateurs anonymes). Je suis une fan de la méthode des A.A. et je rêve de participer aux réunions (même si mon mari me dit qu’avec mes trois verres et demi par semaine, je me ferai jeter dehors à coup de pieds). Parce que je trouve que rien ne vaut le support d’un groupe, et que les douze principes déchirent grave. Je rêve que se monte un club des P.A., de me lever et de dire devant tout le monde le 30 juin : « Bonjour je m’appelle Marie, et je n’ai toujours rien organisé pour les vacances d’été. »

Savoir comment vous fonctionnez. Rappelez vous l’inscription du fronton de Delphes. Observez à quel point vous êtes malheureux quand vous repoussez quelque chose à plus tard et que vous essayez de vous distraire, et à quel point vous êtes malheureux (parce que c’est dur), mais quand même moins quand vous travaillez. De mon côté ça marche beaucoup mieux que l’infantilisant « tu te sentiras mieux après ».

Mais une fois que vous serez devenus un roi de l’organisation…prenez le temps pour faire des trucs cools quand même. Contrairement à ce que tentent de nous expliquer des âmes mal intentionnées, la vie n’est pas une vallée de larmes. Il y a aussi de la place pour les films de Will Ferrell et les tartes au citron. ET la déclaration d’impôt.

 

8 réponses

    • Bon il ne nous reste plus qu’à trouver 10 amis alors 😉 (parce qu’à deux les réunions vont être un peu courtes).

  1. coucou Marie, tes articles me font bien rire et le dernier m’a permis de procrastiner justement; d’ailleurs je laisse un commentaire en partie dans le but de prolonger un temps cette procrastination avant de me remettre à réfléchir à mon code (plus ça va plus je trouve que devoir réfléchir au travail, c’est une vraie souffrance…)
    J’ai lu aussi ta note concernant le sommeil par tranche de 20 minutes; ça me branche moyen (puis au boulot c’est pas pratique!); pour ma part j’aurais plutôt envie de creuser la question des « lucid dreams »; j’en faisais plein étant enfant et il semble qu’il existe des techniques pour les favoriser… peut-être un sujet que tu auras également envie d’explorer? (j’ai l’impression que peu de domaines échappent à ton insatiable curiosité!)

    • Ah c’est marrant que tu m’en parles c’est un sujet qui me passionne mais je n’ai jamais réussi à en faire et effectivement je compte me plonger dedans un jour ;-)) Ce qui est marrant c’est que beaucoup de gens qui pratiquent le sommeil polyphasique disent qu’ils font facilement des rêves lucides, mais ça ne m’est pas arrivé so far. Il y a un livre de Stephen LaBerge sur le sujet : http://www.amazon.com/Lucid-Dreaming-Concise-Awakening-Dreams/dp/159179675X
      (qui a une couverture moche mais qui est assez factuel et précis). Apparemment c’est un entraînement au moment de s’endormir, mais je n’y suis jamais arrivée.

  2. Je viens de m’acheter un mini métier à tisser et j’ai commencé un tissage. 2h pour 10cm. Je tiens quelque chose de très puissant – je veux bien vous rejoindre à vos réunions des PA et/ou vous prêter ce merveilleux jouet

  3. Autre moyen de lutter contre la procrastination : épouser un procrastinateur. Epiméthée est président de l’AFP depuis des années, enfin, il doit devenir président de l’Association Française de Procrastination depuis des années, le jour où il aura déposé les statuts bien sûr mais il a toujours trouvé autre chose à faire depuis ; le montage de ton groupe des PA n’est pas gagné si vous êtes des vrais. Et donc, depuis que je l’ai épousé, mes performances se sont vraiment améliorées, sauf pour la réalisation de notre album photo de mariage, il est vrai, qui traîne depuis presque quatre ans, et ce n’est pourtant pas faute de m’être botoxée efficacement sur toutes les photos en prévision de cet exercice…
    J’ai vraiment bien ri en te lisant, merci Marie !!

    • oui mais épouser un procrastinateur ça ne compte pas car tous les hommes font implicitement partie du club des PA 😉

  4. Mais vivre avec un procrastinateur, c’est comme se regarder dans la glace au réveil, on ne peut que se jeter sous la douche/se mettre à faire sa déclaration d’impôts ou son rapport sur le permis unique environnemental. Enfin, ça a marché pour moi, c’est ma première contribution au groupe des PRA (procrastinateurs repentis anonymes)( « thanks for sharing, Pandore »).

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