Investir pour sa retraite

Quand je travaillais dans la finance, il n’y avait pas un dîner où on ne me demandait pas des conseils pour « investir pour la retraite » (oui même de la part de personnes nées après 1985). Ce à quoi je répondais, influencée par Piero San Giorgo et un goût certain de la provocation qu’il fallait surtout acheter quelques hectares avec un puits, et apprendre à jardiner, et sans doute à tirer au fusil, vu l’état de déliquescence de notre système financier et de la civilisation occidentale en particulier.

Mais, maintenant que je passe pas mal de temps avec des personnes âgées dans des situations diverses, voici mes conseils « en vrai » :

  • Les liens amicaux sont les premiers à se rompre avec la vieillesse, les liens familiaux sont ceux qui perdurent le plus. Il y a assez peu d’octogénaires qui se font des « dîners de potes », ou qui louent des apparts pour dix au ski, alors qu’en général même les plus ingrats des enfants et des petits enfants viendront au moins à votre enterrement. Donc soignez vos liens avec votre famille, surtout avec les plus jeunes (mari toyboy, enfants, neveux, petits-enfants), les plus âgés risquant d’être de toutes façons morts avant vous. Ce n’est plus le moment de se disputer sur des histoires d’héritages, ou de Barbie volé à l’âge de quatre ans.
  • En matière de biens matériels, il faut éviter les deux extrêmes : la grande pauvreté, et la richesse excessive (je vous laisse voir où vous mettez la barre). Dans le premier cas, vous risquez de finir à la rue (surtout quand les systèmes de retraites se seront effondrés). Dans le second, l’intégralité de vos relations seront motivées par l’attente de l’héritage, et de votre prochain décès.
  • Il n’y a vraiment pas de justice dans la façon dont les maux physiques et les infirmités frappent, mais à la fin tout le monde y passe. Attendez vous (et préparez vous) à perdre peu à peu l’ouïe, la vue, la capacité à raisonner, votre mémoire, votre capacité à vous déplacer, et joie suprême la maîtrise de vos sphincters. Ca veut dire profitez à fond de vos cinq sens et de tous vos muscles tant qu’ils fonctionnent et préparez vous à l’idée que ça ne durera pas (sans le découvrir comme une énorme injustice au moment où cela vous tombera dessus).
  • Il y a deux façons de partir en beauté : soit en étant bienveillant avec tout le monde, serviable, gentil, reconnaissant, optimiste, et en ne vous plaignant jamais (la méthode douce). Normalement vous devriez avoir de la compagnie jusqu’à la fin de votre vie, et sans doute finir comme la mascotte de votre EPHAD (= maison de retraite selon la terminologie officielle). Ou la méthode dure, mais encore faut-il avoir les moyens de ses ambitions : être tyrannique, capricieux, imprévisible et totalement égocentrique. Plus risqué, mais efficace aussi. N’hésitez pas à relire des bios de saints ou de dictateurs pour voir ce qui vous convient le mieux. À proscrire absolument : la voie du milieu. Vous finirez seul, aigri, et insatisfait à regrettez les occasions manquées de votre vie, et vous plaindre de votre arthrose. Mais dans les deux cas, il faut s’entraîner dès maintenant, donc au boulot.
  • La fin de vie c’est quand même le moment idéal pour fumer, boire et se droguer sans mauvaise conscience. Gardez donc des contacts avec les jeunes générations qui vous indiqueront un dealer fiable (vous pourrez leur donner vos ordonnances de tranquillisants en échange).
  • Les gens qui s’en sortent le mieux (et j’en connais plein!) ont des passions, et s’occupent avec ferveur de quelque chose d’extérieur à eux (un mémoire de philosophie politique, une grande cause, une plante, un chat, une collection de timbres…). Mieux ils travaillent encore, ils écrivent des livres ou tiennent des blogs, ils continuent à apprendre des tas de choses (utiliser la dernière version de Quarck XPress, le sanscrit, la cuisine japonaise), ils ont des projets à deux ou trois ans quelque soient leur âge, ils dirigent des associations, et transmettent aux plus jeunes ce qu’ils ont appris dans leur longue vie. Et qu’ils soient complètement athées, ou croyants, ou fan de Christophe André, ils ont d’une façon ou d’une autre apprivoisé l’idée de la mort.

3 réponses

  1. En ce moment je fais plein de yoga (car je suis un bobo) et il parait que les grands yogis indiens (ceux qui vivent en ermite dans la jungle) ont réussi a dompter la mort. Au sens qu’ils réussissent a se maintenir en bonne forme jusqu’a un age avancé et que c’est eux qui choisissent de mourir quand ils estiment le moment venu (car ce sont des etres sages).
    Je trouve ce mode de vie tout a fait enviable mais malheureusement je suis un jeune renardeau tres angoissé par la mort (beaucoup de travail sur soi en perspective pour atteindre le nirvana de l’acceptation – en attendant je montre les dents)

    • n’oublie pas les postures inversées qui inversent le cours du temps (personnellement je ne sais pas me tenir sur la tête je me contente d’une chandelle de temps en temps, qui doit marcher car on dit que je ne fais pas mon âge)(mais bien sûr étant sage je m’en fiche).

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