De la privation

En ce moment j’ai complètement arrêté le café et l’alcool (c’était ma résolution de Carême et même si c’est quelque chose que j’ai envie de faire un peu tout le temps pendant l’année, je n’y arrive qu’à cette époque, comme quoi rien ne vaut un bon rituel bien impressionnant comme la messe des Cendres pour se lancer dans une période de privation).

L’alcool ne me manque pas du tout, par contre je dois vraiment être une alcoolique mondaine parce que dès que j’annonce que je ne bois pas à un dîner ou une soirée, tout le monde s’arrête de parler pendant deux minutes, avant que les conversations ne reprennent leurs cours et que la maîtresse de maison vienne me demander en douce si je n’aurais pas « une bonne nouvelle à nous annoncer ». Après en général j’annonce que je suis le Carême, ce qui impressionne tout le monde (notons que si j’avais annoncé que je faisais le Ramadan, les ondes d’approbations auraient sans doute été moindres). En tous cas l’alcool que je pensais indispensable à ma survie dans les divers milieux nocturnes parisiens que je fréquente (qui vont des dîners littéraires, à des concerts confidentiels où tout le monde à la moitié de mon âge), eh bien ne me manque pas tant que ça (i.e. je ne m’ennuie pas plus qu’avant et j’ai toujours sommeil à 23h10).
Pour le café c’est une autre histoire. Je suis vraiment accro au café , sans mes deux tasses du matin je me traîne dans le brouillard et je n’ai aucune envie de me lever et d’affronter la vie (car est-ce qu’une tasse de thé toute fade peut vous donner envie de sortir de votre lit? non). Donc c’est dur, très dur et tous les matins le Milou Rouge qui est en moi supplie mon autre moitié de faire une petite exception. Inutile de dire que j’ai essayé tous les substituts possibles : thés de toutes sortes (blanc, noir, vert, bleu et j’en passe), Yogi Tea (j’ai essayé tous les parfums), Yanoo (une boisson affreuse qu’on trouve en magasin bio à base d’orge grillé), et la Chicorée (qui me donne l’impression de vivre en 1942).

Mais je tiens bon car je crois dur comme fer aux vertus de la privation. Le meilleur souvenir de ma vie est notre arrivée dans une chambre d’hôtel, après douze jours de treks dont trois passés sous une tente battue par une tempête de neige à 6000m d’altitude (cette histoire paraît impressionnante, mais on s’était surtout ennuyés). Le simple fait de pouvoir aller aux toilettes sans risquer de mourir de froid (ou tomber dans le vide) et de balancer ses affaires partout dans la chambre (parce qu’une tente c’est EXIGU), m’avait procuré une joie si intense que je m’en souviens encore douze ans après.

Mais pour qu’une privation vaille le coup, il faut que ce soit un peu douloureux et inconfortable (sinon ça ne sert à rien), sans vous empêcher de vivre pour autant.

Se priver de quelque chose c’est se rendre compte qu’on n’avait en réalité moins besoin qu’on ne pensait de ce qui nous paraissait indispensable, c’est vivre différemment, essayer de nouvelles habitudes, remplir le temps disponible, ou son assiette différemment. Parfois l’expérience est si concluante qu’on ne revient plus jamais en arrière. Parfois on reprend avec bonheur ses habitudes, mais on les apprécie pleinement, sans que ce soit un acte automatique. Dans tous les cas, ça vaut le coup, car comme le dit Aristote « Une âme morte est une âme habituée » (je sais cette citation est un peu mon gimmick, je l’ai sortie à mon fils quand il m’a demandé pourquoi c’était si marrant de dormir de temps en temps en slip au lieu d’enfiler son pyjama)

Si cela vous inspire, voici des exemples :
– Le café, l’alcool, le sucre, la viande, la cigarette….
– Un repas par jour
– Les tartes au citron (une faiblesse personnelle, je peux en manger deux par jour)
– La télévision
– Facebook et Instagram
– Le mail (ou alors ne le consulter que le strict minimum).
– Dire du mal des autres (un truc hyper dur auquel je ne suis jamais arrivée)
– Lire et regarder la télé et aller sur internet (un truc retors et hyper efficace conseillé par Julia Cameron, dans son ouvrage culte sur la créativité, qui vous conduira automatiquement à soit vous intéresser aux membres de votre entourage, soit faire le ménage par le vide dans votre appartement, soit vous mettre à l’écriture d’une saga en dix tomes).
– Les pensées négatives (assez difficile mais sans doute une des meilleures habitudes à prendre, j’y reviendrai).
– Le chauffage, l’électricité (au moins pendant 24h pour voir comment vous vous en sortiriez dans un monde où la civilisation se serait effondré).

– Acheter des vêtements (c’est un triste constat, mais à moins de s’être fait voler sa valise et de débarquer dans un pays inconnu, on a vraiment rarement besoin de ce qu’on s’achète).
– Regarder votre smartphone pendant que vous parlez à quelqu’un.
Etc. etc. vous voyez l’idée.
Pour la durée, une semaine c’est déjà pas si mal, les plus motivés et ceux qui veulent frimer sur leur blog partiront sur un mois ou 40 jours (une durée biblique), et les warriors de l’extrême se lanceront sur un an et feront un livre qui finira bestseller du NY Times.

 

Une réponse

  1. j’ai arrêté de tricoter (, je l’ai fait dans les règles de l’art, « en conscience » #çamebarbait) ça peut compter comme une privation ? J’ai su par quoi le remplacer : je crochète (depuis vendredi). Je dis ça pour t’aider à trouver une solution pour le café (moi mon problème de serait d’arrêter de boire).

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