Bye bye steak

J’ai essayé un certain nombre de régimes alimentaires plus ou moins variés (raw food, cure de jus, paléo, sans gluten, sans sucre…), mais jamais le végétalisme.

Si je suis honnête, c’est parce que la viande (et ses cousins le beurre, les oeufs et le fromage) est rattachée à des représentations inconscientes très fortes chez moi. Des traditions familiales, de grands plaisirs gastronomiques, et puis l’équation produits animaux = forme assurée. Manger des lentilles et du tofu, ça évoque aussitôt une alerte rouge « Anémie, carences, chute de tension ». Après avoir essayé bien des régimes, le régime paléo (celui où on mange beaucoup de viande rouge, de beurre et de légumes), est sans doute à ce jour celui qui me convient le mieux, dans lequel je me sens le plus en forme, et qui en plus est tout à fait compatible avec une vie sociale et familiale. Je n’ai eu aucun mal à arrêter le sucre (EDIT j’en remange depuis mon expérience – mais beaucoup moins qu’avant), mais arrêter le steak et le fromage me donne l’impression de trahir ma famille et mon pays, plus la crainte de finir dépressive, alcoolique et carencée.

Bien sûr comme tout le monde en 2015 j’ai vu des documentaires sur l’élevage industriel, j’ai lu des tas de livres sur les méfaits de la viande, et je suis allée à des concerts de Morrissey (où on a le droit à la vidéo de poussins mâles en train de se faire décapiter). Mais cela ne m’a jamais menée à LA prise de conscience, celle qui fait qu’on arrive à dire non à un burger bien saignant. De mon côté j’ai surtout fait  attention à manger du foie gras certes, mais d’oies qui ont batifolé en plein air, d’oeuf de poules de la bonne catégorie, et de fromages qui sont tellement chers que les vaches ont forcément été traites à la main. Et avec ça ma conscience est tranquille. Bon bien sûr on n’est jamais vraiment sûr, parce qu’on n’est pas là pour voir les bêtes, on doit se contenter de croire son boucher, ou l’étiquette (« oie heureuse élevée en pleine air, et morte dans de bonnes conditions »).

Ce n’est pas le fait de tuer les animaux pour les manger qui me choque (sans doute mes gènes paysans n’ont pas encore été effacés par quatre générations de vie en ville), c’est plutôt les conditions de l’industrie alimentaire moderne, où l’on ne voit jamais les animaux mourir (au contraire de mes ancêtres fermiers qui regardaient dans les yeux le cochon ou la poule avant de les égorger), et où la logique du profit conduit à traiter ces mêmes animaux de façon révoltante, avec des conséquences détestables pour la santé humaine et l’environnement. Du coup acheter des produits animaux qui ont été produits dans des conditions artisanales me paraît un bon compromis (d’autant que cela revient tellement cher qu’on n’abuse pas du coup).

Alors si j’ai trouvé une sorte d’équilibre éthico-nutritionnel pourquoi se lancer dans une alimentation 100% végétale ? Je crois que c’est d’abord par curiosité. Tout d’abord je crois fermement à la vertu de l’expérimentation, surtout en matière alimentaire. Cela permet souvent de se rendre compte que des choses qui vous paraissaient indispensables ne le sont en réalité pas tant que ça, qu’on est victime de ses représentations. Ensuite les régimes alimentaires alternatifs sont l’occasion de découvrir des aliments qu’on n’avait pas l’idée de manger, de nouvelles recettes. Et puis comme je crois fermement qu’on est ce que l’on mange, je me demande ce que donne comme effet sur le corps et l’esprit le fait de manger vegan.

Comme je lis des blogs vegan depuis des années, j’ai retenu tant bien que mal deux ou trois principes:

1. Renoncer à acheter des aliments industriels (oeufs cachés dans les recettes), à mettre le pied dans une pâtisserie, ou dans une pizzéria.

2. Céréale + légumineuse = protéine. Le coller quelque part dans la cuisine (après reste à savoir ce qu’est exactement une légumineuse).

3. Manger beaucoup de gras : noix diverses et variées, huiles végétales, pâte de sésame ou d’amande.

4. Se supplémentaire en vitamine B12 (et si on est une grosse stressée de la carence comme moi, en zinc et en fer).

5. Non le miel n’est pas vegan (pleurs).

6. Préparer repas et courses un peu en avance (car ces grosse flemmardes de légumineuses mettent facilement des heures à cuire).

7. On laisse son entourage se gaver de pizza au fromages et de croque monsieur en trouvant une façon élégante de manger son assiette de brocolis/lentilles sans agressivité excessive à leur égard.

8. Ne pas se concentrer sur ce qu’on ne peut plus manger (le comté ! le saucisson!) mais penser à tout ce qu’on a le droit de manger (les chips ! le vin rouge ! le chocolat !).

9. Adopter une politique pour les invitations à dîner. Soit stricte (=discussions interminables à prévoir), soit on s’accorde des exceptions, quitte à se sentir comme Daladier et Chamberlain au retour des accords de Munich (perso j’ai opté pour cette solution).

10. Ne pas saouler tout le monde avec sa prétendue supériorité du fait qu’on mange « mieux » (c’est bien la peine de pleurer sur le sort des poulets en batterie, si vous enjambez sans un regard le sdf qui dort devant le biocoop ).

 

4 réponses

  1. Trop fière de toi ! J’espère que ça te plaira ce défi ! Tu essaies une semaine ou un mois du coup ? Le miel c’est le plus facile à remplacer (sirop d’agave, sirop d’érable, etc).
    Pour les restaus et les dîners c’est sur qu’en test tu n’arriveras à imposer à personne de te cuisiner végétalien… Si je peux me permettre un conseil, essaie de manger quand même végétarien avec le moins de fromage possible (dur je sais), parce que la viande et le fromage ont des goûts très forts qui écrasent les autres goûts et donc t’empêchent de bien profiter avec élégance de tes graines de chia 😉
    Pour les légumineuses (pois chiches, pois cassés, azukis, lentilles…), le mieux souvent c’est de les faire tremper 24h à l’avance pour qu’elles pré-germent et soient donc plus digestes et pleines de bons nutriments.
    Trucs et astuces : le tofu fumé on dirait des lardons, les mini-saucisses qui s’appellent « mini-viennoises » on dirait des knackis, pour les produits laitiers dans la cuisine les subsituts au soja sont parfait (pour remplacer le beurre : huile de coco ou purée d’amande ou purée de sésame pour les recettes salées et à boire le lait d’amande est super bon) et surtout je lis le blog Antigone 21 qui est trop forte pour expliquer pourquoi tu vas être au meilleur de toi-même.
    Bravo bravo BRAVO en tout cas, et j’espère que ça va te donner plein d’énergie, et questionner tes représentations (pour ça je m’inquiète pas trop).

    • Je fais sans fromage et sans oeufs bien sûr, la totale !! Sinon c’est moins drôle. Vu les tonnes de chocolat que j’avale pour faire passer mon envie de compté il n’est pas impossible que je prenne 12 kilos pendant ce mois végétalien, mais on va dire que c’est pour la bonne cause. Merci pour les trucs en tous cas j’étais déjà allée lire le blog d’antigone sur ton conseil 😉

      • Ha oui je sais bien (pour fromage et oeuf) mais pour tes événements sociaux avec craquage autorisé je voulais dire. C’est excellent pour la santé le chocolat. Essaie le chocolat cru : plaisir identique et NO KILO. ouais je te jure. c’est la perfection. A part le prix quoi…

  2. Hier soir, j’ai fait ma pizza : jambon bio (je sauve la planète), gruyère râpé bio (re – la planète), champignons bio (re-la planète), Tofu soyeux (goûté pour la première fois, à la place de la crème fraîche : parfait ! : bon pour la santé), tomates cerises (françaises … mais pas bio, voir pas vraiment de saison …)… Samedi on a donné un euro aux messieurs qui faisaient la manche au parking … Bon en gros on fait de notre mieux, pour sauvé ce qui peut l’être et être en accord avec nous mêmes … Pas simple tout ça !
    Mais nous gardons en fond de musique la légende du colibri qui « fait sa part » …

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