Etre heureux en entreprise

Oh que voilà un titre provocateur. Combien de blogs ne sont-ils pas dédiées au thème éternel de « Escape from the cubicle » « Get out from the 9-5 » et j’en passe. Je ne vous cache pas que travailler à mon compte de quelque façon que ce soit (soit en indépendant, soit en montant une autre boîte, soit en développant celle que j’ai déjà montée) est un de mes buts numéro un dans la vie. Pour moi ce qui est important c’est d’avoir des horaires flexibles, et de pouvoir partir ou voyager quand j’en ai envie. Et aussi d’avoir plus de temps que j’en ai aujourd’hui pour lire et apprendre des choses  (je lis une centaine de livres par an et je trouvais ça assez cool, jusqu’à ce que j’aprenne que Jacques Bergier lisait trois livres par jour, il me reste donc une marge de progrès). Donc un jour la Grande Entreprise et moi, il faudrait qu’on se dise au revoir, c’est comme ça.

Mais quoiqu’il en soit, je ne partirai pas sans un petit pincement au coeur, et avec la conviction que le travail dans une grande boîte n’est pas toujours l’expérience déshumanisante et débile qu’on présente (cela je conçois tout à fait qu’on puisse s’y trouver malheureux). Pour ma part j’ai trouvé que c’était de mieux en mieux avec les années, qu’on rencontrait des gens fantastiques, et même qu’on apprenait plein de choses. Cela dit j’ai passé plein d’années à aller au travail avec des boulets au pieds, puis à passer ensuite huit heures sur internet pour me répandre de mes malheurs par mail, pour savoir que si on ne fait pas attention ça peut devenir l’enfer.

Donc si vous êtes aussi community manager, ou responsable qualité, ou chargé d’étude de n »importe quoi, ou développeur outil de gestion, bref un boulot dont 1. Vous ne rêviez pas quand vous aviez 5 ans 2. Vous avez honte dans les dîners (ou au contraire qui suscite l’admiration, mais qui vous donne surtout envie de pleurer) 3. Vous savez pertinemment qu’il ne changera pas le cours des choses, voilà mes conseils :

1. Lisez « The 4 hour work week » de Tim Ferris et « Getting Things done » de David Allen. Ok Tim Ferris fait un peu peur, avec sa voix saccadée et son regard de FOU, mais lire ce livre m’a vraiment ouvert les yeux sur le fait qu’on pouvait effectivement tout à fait être performant (et bien vu) dans son boulot en divisant par deux ses horaires de travail. Il *suffit* de supprimer tout ce qui est de l’agitation (envoi de mails, participation à des réunions inutiles) et de se concentrer sur les tâches à valeur ajoutées (qui sont souvent celles qu’on n’a pas très envie de faire, allez savoir pour quoi), parce qu’elles demandent de la concentration ou nous plongent dans notre zone d’inconfort. Vous apprendrez de la sorte à gérer plusieurs projets en même temps (perso ou boulot) et à avoir in fine une vie plus satisfaisante.

2. Trouvez des gens sympas avec qui rigoler. Il y en a toujours.

3. Si vous avez un chef toxique, incompétent, ou stressé, quittez le. Il y a d’autres personnes pour qui travailler.

4. Apprenez des choses. C’est fou ce qu’on peut apprendre dans un boulot corporate. Usez et abusez des formations offertes (qui en plus témoignerons de votre volonté évidente de vous investir et de développer des compétences cruciales), sinon apprenez sur le tas. Il y a des choses qu’on apprend mieux et plus vite dans une grande boîte, et qui servent ensuite toute la vie. Au choix: maîtriser la comptabilité, l’analyse financière, parler en public, mener une réunion, aider des gens qui ne savent pas quoi faire à prendre une décision, vendre des choses inutiles à des clients qui n’en ont pas besoin, manager (c’est à dire faire faire des choses à des gens qui disent du mal de vous dans votre dos et qui rêvent aussi de se barrer), négocier, savoir gérer son temps, maîtriser la sainte Trinité Excel, Word, et Power Point, apprendre à parler parfaitement anglais, mettre d’accord des gens qui menacent de se taper dessus, mener un projet mal défini, mal budgeté, et avec une deadline impossible et arriver quand même à quelque chose, gérer les « personnalités difficiles » (cons finis, psychotiques ou les deux à la fois), bien comprendre le droit du travail et des affaires, apprendre à programmer dans un ou plusieurs langages….

5. Rendez-vos horaires flexibles. C’est à dire trouvez vous un poste où vous n’avez pas trop de temps de présence à fournir mais où vous vous êtes jugé aux résultats. Faites-vous une réputation de génie irrascible de telle sorte qu’on ne puisse pas vous faire de remarques, ou au contraire de personne ultra busy (en fait vous êtes chez vous en train de tester des vidéos de yoga). C’est possible dans les boulots où on a beaucoup de rendez-vous extérieurs (postes d’achats, ou de commerciaux), ou dans des postes qui nécessitent des compétences techniques rares (vous êtes le seul de l’entreprise à maîtriser Cobol le langage des années 60 dans lequel le logiciel de paie est codé depuis 1971).

6. Prenez un congé sabbatique. C’est presque toujours possible dès qu’on est en CDI depuis un certain temps. Ca vous permettra de voir ce que ça fait vraiment de travailler de la maison, de ne plus avoir d’horaires, de tester votre idée de boîte, ou vos divers projets (poterie, élevage de chèvres dans le Larzac, apprentissage du sanskrit). En plus vous pourrez cocher des cases sur votre bucket list.

7. Prenez des initiatives, lancez des projets, organisez la soirée bowling de Noël, refaites l’organigramme de l’étage avec des têtes d’animaux. Les gens ont peur d’avoir des idées et détestent se mettre en avant. Tout le monde vous prendra pour un leader charismatique. Mais surtout, ils s’ennuient à mourir, alors plus vous les distrayez, plus vous serez aimés.

8. Sachez tous les matins en venant que vous avez le choix. Rien de vous empêche de démissionner en arrivant.

9. Utilisez internet intelligemment : suivez des cours en ligne, cherchez un autre boulot sur linked in, contribuez sur quora ou wikipedia. Il y a mieux à faire que les sites people ou les ventes privées.

10. Pensez-toujours au coup d’après. Très important. Est-ce que vous voulez prendre la place de votre chef, partir à la concurrence, aller travailler dans l’équipe d’à côté qui est situé plus près de la machine à café, demander une expatriation dans l’hémisphère Sud, ou monter une start up? Cela vous évitera de vous retrouver plus de quinze ans dans le même service, à voir les mêmes têtes, en vous demandant ce que vous avez fait de vos belles années.

11. Préservez votre pause déjeuner. Pitié ne la passez pas dans une cantine surpeuplée avec des gens que vous voyez déjà huit heures par jour, à répéter les ragots du service (« Il paraît qu’Agnès n’est pas en congé maladie, elle se fait liposucer » « Jérôme a quitté sa femme pour un homme »). Voyez des gens de l’extérieur, entretenez votre réseau pour trouver un nouveau boulot cool, allez prendre des photos, installez vous au calme pour lire, faites du sport, bossez sur vos projets persos, commencez un roman…

12. Prendre des responsabilités n’est pas forcément un gros mot (j’ai mis un peu de temps à le comprendre). Avoir du pouvoir c’est aussi avoir plus d’impact et de potentiel pour changer les choses. C’est avoir plus de latitude sur son emploi du temps, et côtoyer des gens intéressants. Donc si vous sentez que c’est votre truc, go for it !

13. Sachez à quoi sert votre salaire. Ne le claquez pas en beuveries avec les collègues, fringues éphémères ou en crèmes de beauté, pour compenser le manque de sens de votre vie. Epargnez pour des projets qui ont du sens (partir apprendre le surf en Australie, monter votre propre boîte de cosmétique, ou avoir de quoi rester un an sans travailler et devenir un cador en méditation Vipassana).

14. Ne couchez pas au bureau. On l’a tous fait. Mais on s’en mord les doigts dans 99,99% des cas.

15. Rendez-des services. Le travail dans une grande boîte est souvent vide de sens. Alors quand on peut aider la stagiaire à avoir son accès mail, son boss à se servir du service de vidéo conférence, un collègue à traduire un doc en anglais, ou offrir un café au sdf qui squatte en bas de notre tour, on a au moins l’impression d’avoir fait un truc constructif dans la journée.

16 Usez et abusez des programmes de discriminations positives, quels qu’ils soient si vous avez de quoi y prétendre (un indice : si vous êtes un mâle blanc de 40 ans sans handicap, c’est mort pour vous). Vous vous ferez connaître, rencontrerez des personnes haut placés, et peut être trouverez votre prochain job.

17. Choisissez un ou des side projects (écrire une saga sur Wattpad, monter un site de vente en ligne pour aquariophiles, rédiger une thèse sur les poètes bas latins du 4ème siècle, préparer un tour du monde, apprendre une langue…) et accordez lui dans vos journées et votre todo list, la même priorité que vos projets boulots les plus importants.

18. Ne mettez pas d’affectivité dans le travail, ne vous empêchez pas de dormir en pensant à de supposés problèmes, ne prenez pas personnellement les remarques qu’on vous fait (« il me déteste c’est sûr » « elle veut me piquer mon projet »). En cas de conflit, ne mettez pas votre ego en jeu, n’essayez pas de mettre l’autre au tapis. Essayez de prendre du recul, de comprendre ce que veut la personne en face. Il y a toujours une solution qui permet à tout le monde de garder la face en ayant l’impression d’avoir remporté la négociation, essayez de la trouver.

19. Sachez que les gens n’écoutent pas ce que vous leur dites. C’est parfois agaçant, mais c’est comme ça. Comme vous ils pensent à leurs vacances pendant que vous parlez, et disent « oui oui » pour avoir la paix. Ou alors ils n’ont pas très bien compris, et ils ont peur d’être pris pour des imbéciles. Ré-expliquez, mettez par écrit, discutez.

20 Gardez un certain mystère sur votre vie personnelle, ne vous épanchez pas sur vos problèmes (de sexe, de santé ou autre). Le bureau n’est pas votre classe de seconde B, ni le divan d’un psy. Même si vous vous faites des amis (ça arrive), séparez bien les deux mondes.

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