Faire manger des légumes à ses enfants

Bon c’est très beau tous ces conseils sur la nutrition, pleins de quinoa et de vitamine P (celle dont personne ne sait trop à quoi elle sert), mais si par hasard vous avez une famille, vous savez que dans la vraie vie, ça ne se passe pas comme ça. Même si votre conjoint arrive à accepter l’idée de troquer son pot au feu Picard surgelé contre une recette vegan au soja, il restera l’impétuosité de la vox populi pour ruiner vos efforts « On dirait du vomi j’en veux pas» « C’est pas bon ça se voit »  «Je veux pas manger de ça, jamais»   (+hurlements, et roulage par terre).

Vous le savez déjà, les éléments sont contre vous car :

  1. Les enfants n’aiment pas les légumes. Comme votre cerveau reptilien ils aspirent à se nourrir à l’état naturel de lasagnes, de chocopops, et de Haribos par sac entiers.
  2. Ils n’ont pas lu Michael Pollan et leur principe de plaisir est surpuissant, ils sont donc assez peu réceptifs à des arguments tels que « c’est bon pour ta santé, mon chou » ou « l’intestin est notre deuxième cerveau » (quoique cet argument puisse les faire rire). Les menaces à moyen/ long terme tels que caries ou obésité les touchent assez peu (et ils passent déjà tellement de temps à courir sur votre parquet haussmanien que ces démons ont déjà brûlé les calories ingérées au goûter le temps que je tape cette phrase).
  3. Ils n’aiment PAS la nouveauté, l’inconnu et de manière générale tout ce qui ne s’apparente pas directement à des sucreries, des farines raffinées ou de la pomme de terre frite.
  4. Le reste de l’univers (grand-mères, baby sitters, père fatigué) cherche à s’acheter une popularité facile à coup de « c’est pas chez ta maman que tu as le droit de manger des chicken mac nugget » ou « si tu vas te coucher, je te donne un malabar ».

Mais si ça peut vous rassurer, ce n’est pas un combat perdu d’avance. En attendant qu’ils deviennent des ados qui consomneront leurs poids en Pringles vautrés sur leurs lits, en vous laissant balayer les miettes, il vous reste une fenêtre de tir. UTILISEZ LA.

Alors d’ore et déjà je peux vous dire ce qui ne marche PAS.

  1. Leur faire faire les course pour les « associer au choix du repas ».
  2. Les faire cuisiner (ils sont capables de cuisiner un gratin de courgette entier en refusant absolument d’y toucher ensuite).
  3. Tenter de déguiser le légume en autre chose en le faisant passer pour un plat « sympa » .
  4. Les chantages en tous genre (« Tu es sûr que tu n’en veux pas ? » »Mange pour faire plaisir à Maman » « si tu finis je ferai des legos avec toi »).

A la place voilà la tactique que j’ai adoptée, d’une redoutable simplicité, et relativement efficace. Elle s’énonce en deux mots : impopularité et égalité d’humeur.

  1. Il y a un seul plat pour tout le monde, pas une assiette de coquillette à la crème pour les moins de 1m20 et du chou rouge râpé pour les autres.
  2. Chacun est libre de manger ce qu’il veut et même de ne rien manger du tout.
  3. Mais il n’y a pas de rattrapage sur le pain (je n’en mets plus à table) ni les desserts, ni d’accompagnement alternatif (pâte ou purée à la place des légumes). Sur la table il y a une entrée, puis un plat, puis des fruits en dessert et du fromage. Et c’est tout.
  4. Pour avoir droit de passer à la suite, il faut présenter une assiette vide (mais on peut choisir de ne rien manger et de sortir de table).
  5. A intervalles réguliers (c’est un truc que j’ai piqué aux bourreaux et aux dictateurs, et ça marche relativement bien), je fais volte face et je sers un repas ultra junk (par exemple : les spaghettis aux frites ou le burger au cordon bleu, une spécialité très appréciée ici). L’adversaire est surpris, déstabilisé, et du coup vous vénère (syndrôme de Stockholm).

Evidemment pour que cela marche il faut s’assurer d’un certain nombre de conditions.

  1. Être imperméable à la colère populaire (« Il est pas bon ce riz » »Pourquoi la crêpe [à la farine sans gluten NDLR] elle a un drôle de goût » « Chez Mélanie ils ont le droit de sucrer les yaourths » « Je veux retourner chez Mamie !!! ») .
  2. Montrer l’exemple. Si vous-même ne finissez pas votre assiette et que vous vous sifflez un paquet de chips à l’apéro, vous passerez pour un mauvais pasteur comme dans La nuit du chasseur, ou pour un homme politique, bref quelqu’un qui donne plein de leçons mais qui fraude le fisc en cachette. Et ça les enfants le SAVENT.

Et certains trucs peuvent aider:

  1. Privilégier les plats ou salades avec beaucoup d’ingrédients mélangés (ex : poélée pomme de terre, haricot, champignon ou riz/ tomates/oignons). D’une part ils suscitent moins de rejet que l’inquiétant plat « mono ingrédient » .Bien sûr les enfants vont commencer à trier le vert du reste avec la minutie d’un horloger suisse, mais croyez-moi il est facile de tromper leur vigilance et ils finiront par avaler des bouchées entières.
  2. Les faire manger devant la télé. Oui je sais c’est mal, hyper mal, mais devant la télé un enfant mangera tout ce qu’on lui présente, même des choux de Bruxelles. Essayez c’est prouvé et pendant ce temps savourez un ou deux verre de vin dans la pièce d’à côté, et la joie d’une conversation adulte.
  3. S’extasier quand ils mangent bien. Un compliment n’a jamais tué personne. Faire comme les américains : « Awesome !! You’re doing great ! Fantastic! » (dès qu’ils avalent leurs épinards).
  4. En vacances, oublier toutes les règles. Cornetto, Mr Freeze, et frites à tous les repas. Sinon à quoi ça sert ?

 

4 réponses

  1. Je sauvegarde ces conseils utiles dans un coin de mon cerveau reptilien pour le jour ou je déciderai moi aussi d’avoir une progéniture.
    Cela dit si j’en crois mes souvenirs d’enfant pénible détestant manger des légumes, le coup de « il y a un plat unique et si tu manges pas ca tu manges rien » a pour effet: « bah je mange pas » (il parait que les enfants ne se laissent pas mourir de faim mais ils peuvent etre quand meme sacrément maigres) (mon grand pere m’interdisait de m’asseoir sur ses genoux car j’avais je cite « les fesses pointues »)

    (PS: oui je sais ca fait un peu requete top chef mais s’il y avait des recettes de cuisine sur « comment se bafrer de légumes » sur ce blog je serai slurps ronron content)

    • hé hé je te rassure mes enfants mangent encore des coquillettes (bio) par platrées entières. Pour les recettes malheureusement je suis NULLE. Mais si tu vas sur le blog de empowered sustenance tu trouveras plein de recettes avec des jolies photos (genre crêpes au tapioca et au chou fleur, FOU). Je pourrais à la limite donner des recettes de jus, c’est là où je donne mon max.

  2. Ha que j’ai ri. Excellent billet. A mettre entre toutes les palmes des ovipares.
    Tu as oublié la technique du chou kale dans le jus du matin (ou alors c’est dans la technique qui marche pas du « légume déguisé » ?)

    • Gaëlle-Anne, malheureusement mon fils est devenu rusé et il repère immédiatement les goûts ou parfums suspects dans son jus (quand il ne se plante pas derrière moi pour vérifier que je n’ajoute aucun élément suspect suite à une fois ou deux où je me suis fait prendre).

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