Mes résolutions de rentrée

J’adore prendre des résolutions. C’est comme les soldes ou les régimes pour d’autres, les résolutions c’est plus fort que moi. J’en prends pour un oui ou pour un non (anniversaire, nouvelle année, mais aussi centième jour de l’année, ou tout simplement parce que j’en ai envie).

  • Souhaiter les anniversaires de tous mes amis, le jour de leur anniversaire, et ce – même s’ils ne sont pas sur Facebook. Quand je vois le nombre de gens qui pensent à moi le 25 juillet, et le nombre de sms d’anniversaires que j’envoie dans l’année…j’ai honte.
  • Courir des ultras (>50 km). Je ne sais pas encore quand ni comment, mais ça fait longtemps que j’en rêve, alors j’ai décidé que ce serait cette année. Idéalement, j’aimerais bien commencer par la Saintélyon mais l’an passé toutes mes inscriptions à des trails se sont soldés par des échecs (attentats, pluie, crise de flemme, imprévus divers et variés) donc même si je suis inscrite, je ne crierai victoire que lorsque je me serai alignée dans le sas de départ. En attendant : je cours – et j’achète des objets inutiles sur i-run. (Mais je n’ai pas acheté de chaussettes qui montent, n’ayant pas compris l’utilisé de cet objet). Ah oui et en bonne lectrice compulsive, j’ai aussi dévoré toute la littérature sur la course à pied possible et imaginable (sauf l’autobiographie de Killian Jornett qui est quand même assez ennuyeuse).
  • Arrêter de dire du mal des gens  tout en trouvant des sujets de conversations drôles et intéressants (mission quasi impossible, mais j’aime les défis).
  • Monter plus en tête en escalade : oui je suis une grosse trouillarde, je déteste monter en tête (du genre je suis capable de me bloquer dans une 4+, si si j’ai des témoins). Cette année c’est terminé, nous avons décidé avec Eckart Tolle que la peur de la chute n’était qu’une illusion.
  • Apprendre à cuisiner (personne ne rit dans la salle svp) pour élargir mon panel de recette qui se limite aujourd’hui à la blanquette et aux lasagnes.
  • Finir le Capital de Marx entamé cet été avant mon prochain anniversaire.
  • Reprendre le yoga, un peu abandonné ces derniers mois grâce à un outil magique de la vie moderne (et oui même une disciple stricte d’Ivan Illich comme moi sait apprécier les bienfaits de la technologie) : le yoga en vidéo (merci Casa Yoga). Alors j’avoue, je passe une heure à choisir mon cours (« maîtriser l’oiseau de paradis » ou « évacuer les tensions dorsales »?), et en me mettant dans la pièce centrale de notre appartement pour faire mes torsions, je gêne un peu tout le reste de ma famille (pas très yogique), mais je sens une vraie différence depuis la période où je prétendais faire du yoga et où je bâclais trois postures en deux minutes et demi (à cette époque – pas si lointaine – dérouler et poser mon tapis me prenait quasiment plus de temps que ma « séance »).
  • En cette année électorale, faire prospérer mon parti politique, le PIF2.

Et vous, vous avez pris des bonnes résolutions?

Vacances

Les vacances en famille s’achèvent et même si je ne suis pas une inconditionnelle de ce moment de l’année (je n’aime pas la chaleur, et les hommes en tongs me donnent des crises d’angoisse – ainsi que les programmes d’été à la télé), je dois reconnaître que j’ai survécu…Vous savez donc si vous avez lu ma note précédente que j’ai failli à tous mes principes pour ces vacances qui se voulaient vertes, zéro déchets, et tutti quanti, donc je ne vous raconterai pas qu’on a tout soigné avec des huiles essentielles, qu’on a allumé des feux nous même, et acheté nos pique niques à des petits producteurs sur le bord de la route. Mais on n’a pas tout raté quand même.

Tout d’abord nous avons offert aux enfants une nuit en cabane dans les arbres. Succès à 100%, ils ont tout aimé, des moustiques qu’il fallait écraser à coup de basket (oubli du pschit à la citronnelle), aux toilettes sèches en hauteur (gros succès, sans doute le clou du séjour, voire de l’été).

Avait précédé une nuit à la ferme (dans une yourte!) grâce au réseau Accueil paysan que je vous recommande si comme moi vous avez des rêves rentrés de survivalisme et que vous voulez voir ce que cela fait de marcher dans la boue, et de traire les chèvres. Les enfants ont ainsi pu nourrir cochons, chèvres, et poules, se salir un max, et subir un cours de ma part sur les constellations (qui a été assez peu suivi, comme les autres conférences que j’ai pu donner à mon public de moins de 1m 40 respectivement sur les cathares, le réchauffement climatique, ou l’art de survivre en forêt)(je venais de lire le Wiseman).

On ajoute à cela les impondérables des vacances (intoxication alimentaire aux fruits de mer dans la voiture de location, piqûre de vive, d’abeille, de moustiques, sans compter les poux qu’on a baladés à peu près partout de Paris aux Pyrénées sans en perdre un seul sur la route, mais en en refilant à tous nos copains au passage), les levers de lune sur la montagne, et la joie de revoir mes chères Pyrénées.

Et, aujourd’hui c’est mon anniversaire (je vous ferais bien une litanie sur le temps qui passe, la maturité qu’on gagne avec les années, les leçons de la vie etc. etc., mais si je suis honnête ma pré-quarantaine ne m’inspire absolument rien), j’ai versé ma petite larme devant les cartes de vœux homemade reçues ce matin, et surtout je dis merci au moniteur de la colonie de vacances qui a embarqué notre progéniture pour une journée « plein air » (un très beau cadeau!!). Mon fils qui serait plutôt du genre « tout intérieur » était à peu près aussi ravi qu’un zadiste perdu dans un centre commercial un jour de soldes, mais je l’ai poussé d’un grand coup de coude « Tu vas voir, tu vas bien t’amuser » (#mauvaisemère). En attendant la tournée du Saint Etienne by night promise par mon cher et tendre (Saint Etienne est une destination tellement pointue que même les hipsters de mon quartier ne sont pas encore arrivés là), je vais pouvoir profiter des premières heures de calme depuis bien longtemps pour m’adonner à mes deux occupations favorites : la sieste, et la lecture de nouvelles qui font peur (j’en ai trouvé tout un stock dans la meilleure librairie d’occasion de France – qui étrangement se trouve à Foix).

Mais promis citrongingembre reprendra bientôt du service avec les sujets sérieux habituels (lectures pointues, féminisme, lutte contre le grand Capital, et écologie qui gratte).

Comment s’habiller sans faire travailler des femmes enceintes et des enfants?

Oui parce que c’est bon maintenant vous n’allez plus au supermarché grâce à mon post précédent, mais (si vous êtes une femme notamment) il reste la difficile question de l’habillement. Même si on arrête d’acheter des paquets de Pim’s en cas de crise ou des pots géants de Nutella, il reste la difficile question du petit haut soldé à 19,99 euros. En ce moment j’arpente les villes de province de la France entière et dans tous les centre-ville, c’est simple il n’y a plus une boucherie, plus une boulangerie, mais des rangées entières de magasins de vêtements. Alors déjà je vous décomplexe, de ce côté là je suis encore très loin de la perfection (pour les enfants notamment, où je fais régulièrement des rafles chez Petit Bateau ou Monop), mais je me soigne. Et comparé à un temps pas si lointain, où je ramenais un samedi sur deux des sacs entiers de chez H&M, je me dis que j’ai quand même pas mal progressé.

  1. Lisez No Logo de Naomi Klein. C’est The Bible, le livre qui vous dégoûtera (momentanément) du jean et du t-shirt en jersey à 2,99 euros. Ah oui il date de l’an 2000, mais honnêtement je ne pense pas que la question des conditions de travail et du désastre écologique de la culture du coton soit moins d’actualité.
  2. Arrêtez de lire les blogs qui parlent de mode, d’habillement, de rouge à lèvre, ou de « comment trouver son style » Dans l’ensemble ils sont tous (consciemment ou pas) sponsorisés par les grandes marques de prêt à porter, et / ou de beauté, et visent à créer une chose : de la frustration (envie du petit haut de la dernière collection, plus sentiment ne pas être assez mince). Si la mode vous passionne, achetez vous plutôt des livres d’art, de cinéma, allez dans les musées, ou les galeries de photo, et relisez Proust et Cocteau, vous y trouverez plus d’inspiration que sur un blog sponsorisé par Sandro et Maje.
  3. Achetez (cher) des vêtements (et des chaussures) qui ne se démodent pas, dans des matières nobles (lin, comme les disciples de Pythagore, soie, laine, cachemire…) – et cela va sans dire fabriqués en France. Attention à l’étiquette « made in France » qui parfois ne concerne que la touche finale du vêtement (par exemple les boutons sont cousus en France, mais tout le reste a été fait au Bangladesh). Un indice : si une marque a besoin de faire de la pub, ce n’est pas bon signe (autrefois on pouvait encore se fournir chez Bompard, qui n’avait qu’une boutique à Paris, ou Weston, ou Repetto, maintenant c’est terminé). Questionnez vos amis snobs s’il le faut pour obtenir le nom de leurs fournisseurs, cherchez les petits fabriquants qui font des séries limitées, ou alors les marques ultra snob. Un autre indice : un vêtement de bonne qualité coûte (souvent) cher. Pour les coupes, choisissez des coupes qui ne se démodent pas, et qui sont adaptées à leur morphologie. Ou alors – solution adoptée par mon père – achetez toute votre garde robe une année donnée (pour lui c’était 1974) et attendez qu’ils reviennent à la mode, en refusant de changer entre temps.
  4. Arrêtez de faire des régimes et de maigrir, puis regrossir, puis re-maigrir. Gardez un poids et une taille de vêtements stable, cela vous évitera des rachats de garde robe permanent.
  5. Quand vous trouvez un vêtement qui vous plaît, qu’il est de bonne qualité et fabriqué dans des conditions correctes, achetez en directement deux ou trois, dans des couleurs différentes.
  6. Arrêtez d’acheter des sacs. Le sac à main est un pur objet du capitalisme : souvent inutile (un sac en tissu remplit la même fonction), c’est l’un des objets du prêt à porter avec la marge la plus élevée de l’industrie du luxe (lisez Luxe & co de Dana Thomas). On nous martèle la tête avec l’idée qu’il est normal de payer près de 300 euros (quand ce n’est pas plus) pour un objet qui peut tout à fait être remplacé par …n’importe quoi (voire vos poches si vous vous débrouillez bien), qui n’est pas pratique, et qui – blague –  se démode tous les ans. S’il y a bien un emblème des formes modernes de l’aliénation féminine, c’est bien le sac. Boycottez  !
  7. N’achetez plus rien. Une solution choc surtout si vous n’avez pas les moyens du 3. Vous verrez qu’en fait un vêtement est assez inusable et que vous pouvez tenir deux ou trois ans (voire plus) avec les même pièces. Ou mieux si vous êtes manuelle : apprenez à coudre.
  8. Si vraiment vous ne tenez pas le choc : achetez vintage. Entre le bon coin, ebay, et les milliards de boutiques qui fleurissent ici et là, le choix ne manque pas (et près de chez moi une des meilleures adresses de toute la France : Troc en stock, 6 rue Clauzel).
  9. Arrêtez de fréquenter vos copines qui sont dans la mode, le cinéma (culte de l’apparence), ou qui travaillent 70 heures par semaine dans des cabinets d’avocats ou de conseil et qui pour compenser s’achètent un manteau à 1500 euros tous les mois – (je sais, je l’ai fait, on déteste tellement l’argent qu’on gagne qu’on se venge par des dépenses ostentatoires). Fréquentez plutôt des hommes, si vraiment la pression mimétique est trop forte.

Voilà, avec tout cet argent économisé vous pourrez  – comme je viens de le faire offrir – une nuit en cabane dans les arbres à vos enfants (un indice : pensez à l’anti-moustique), ou les deux tomes de la Pléiade de Foucault pour tenter de trancher cette difficile question : était-ce une imposture intellectuel ou au contraire l’un des penseurs fondamentaux du XXème siècle?

Sur ce bonnes vacances à tout le monde !

Le syndrome de l’imposteur

Salut les gens,

Je suis en vacances, en train de faire un tour de France en famille et je dois avouer qu’en ce moment, je souffre d’un énorme syndrome de l’imposteur (=syndrome du gauchiste qui après avoir donné des leçons à tout le monde, tracté dans les usines, et fréquenté Althusser a fini dans le Lubéron avec une grosse voiture, après avoir détourné les fonds de son parti politique).

En ce moment, par exemple, nos deux enfants sont vautrés devant Gulli depuis 6h30, ça c’est pour les nourritures sprituelles, sinon ils se nourrissent essentiellement de glaces et de tartines de Nutella. Pire nous roulons en voiture diesel (climatisée), je leur mets de la crème solaire pleine de nanoparticules (achetée dans un Carrefour Drive cela va sans dire). Nous jetons chaque jour l’équivalent d’une poubelle d’emballages.

J’essaie d’écrire un livre, mais ma production se résume à des commentaires fleuves sur facebook. J’ai lu à peu près dix pages des Mémoires d’outre-tombe, mais l’intégralité de la presse féminine (même la presse féminine régionale, et même les prospectus de l’office de tourisme – tout plutôt qu’un truc sérieux).

Et je n’ai pas réussi à aller à la messe depuis le début des vacances (pénurie de prêtres = la messe la plus proche est toujours dans un village à 45 km).

Ah oui et je maudis le concept de valise minimaliste, quand vous êtes dans l’impossibilité de faire des lessives (=pas forcément compatible avec une alimentation à base de Nutella/glace au chocolat). Je suis sur le point de foncer dans la première grande surface venue racheter des t-shirts propres.

Heureusement il me reste mes carnets pour noter toutes mes résolutions de rentrée pour une reprise en main bien ferme.

Sur ce je vous souhaite de bonnes vacances, pleines de Magnum chocolat blanc-amandes, et de magazines people.

 

Reprise

Bonjour les gens !

Désolée de vous avoir laissé en plan pendant si longtemps. En punition, j’ai été privée de mois de mai : pas de crépuscules rosés, ni de cerises (trop mauvais temps), mais cette pluie quasi perpétuelle et ces petites averses qui tombaient précisément au moment où vous mettiez les pieds dehors.

Aujourd’hui, je vais vous parler d’un sujet qui m’est cher : comment ne plus aller au supermarché? Bon je dis supermarché, mais je pense aussi Franprix, G20, Citymarket…

Pour citer G.K. Chesterton  : « Faites tout ce qui peut empêcher l’achèvement de l’entreprise capitaliste. Faites tout ce qui peut la retarder Sauvez une boutique sur cent. Sauvez une petite ferme sur cent. « .

En effet les supermarchés c’est le mal :

  • Ils sont laids, et ils défigurent les périphéries des villes.
  • Les caissiers ont des conditions de travail déplorables (ma nièce a bossé chez Carrefour et elle m’a raconté les blagues machistes – bon ok ce n’est peut-être pas propre aux hyper, les horaires minutés, et la débilité absolue du travail).
  • Ce sont tous les mêmes partout qui vendent les mêmes produits. C’est pour moi le principal problème du capitalisme : imposer l’uniformité là où on pourrait (et où on avait autrefois) des magasins différents, tenus par des gens différents, qui vendaient des produits différents (ce qui pour les plus âgés faisait que voyager même en France était un réel dépaysement). Aujourd’hui tout est « partout pareil » (pour citer mon père qui justifiait ainsi de nous traîner tous les étés dans une vallée perdue de l’Ariège au lieu de nous emmener sur les plages du monde entier comme nous le réclamions).
  • Ils n’ont aucune éthique (achat de viande industrielle produite dans les conditions déplorables), mais ne se gênent pas pour faire du green washing (cf les récentes pubs sur le vrac, au secours).
  • Ils mettent une bonne partie des français au chômage (qui importe des produits chinois à bas prix, obligeant l’usine du coin à fermer).

Pourtant dans mon entourage, tout le monde se rend au moins une fois par semaine dans un Franprix ou un Leclerc parce que (au choix) 1 J’ai une famille 2 Il y a tout sur place 3 Il est minuit et je n’ai plus de tampax 4 Je ne vais quand même pas faire mes courses dans six magasins différents.

Eh oui, arrêter de faire ses courses en grande surface c’est pénible, cela demande un peu (beaucoup) de boulot, et – c’est vrai – cela demande de vivre dans un confort moindre. Mais la bonne nouvelle, c’est que c’est tout à fait possible.

La règle numéro un c’est de remplacer le jetable (Sopalin, couverts en plastiques, tampons hygiéniques…) par du durable. Si vous avez la chance d’avoir des grand parents encore en vie, demandez leur comment ils vivaient quand ils étaient petits et recopiez.

La règle numéro deux c’est de manger moins de viande / fromage / produits laitiers  (voire plus du tout pour les plus motivés d’entre nous) et de retrouver le chemin de votre boucher et de votre fromager le plus proche.

La règle numéro trois c’est d’acheter en grandes quantités tout ce qui est longue conservation dans l’endroit de votre choix (marché si vous avez la chance d’en avoir un près de chez vous, magasin bio, épicerie de quartier), ainsi vous n’aurez pas la tentation de vous ruer sur le G20 un dimanche soir parce que les placards sont vides.

Enfin il ne vous restera plus qu’à apprendre à faire le ménage avec le tryptique « vinaigre d’alcool / bicarbonate et savon noir » (que idem vous stockerez), et le tour est presque joué.

Bon et moi je ne le fais pas mais je sais que certain(e)s en sont capables, il reste pour ceux qui ont du temps et / ou des économies : faire soi même (son pain, sa lessive, son Nutella, ses yaourts…).

Je ne vous cache pas qu’il y aura de nombreux obstacles.

Le premier est que soit cela vous coûtera plus d’argent, soit si vous choisissez l’option faire soi même, cela vous prendra plus de temps. C’est inévitable, et c’est un sacrifice à faire. En effet les bas coûts et le confort des horaires étendus des grandes surfaces masquent toutes les externalités négatives (citées plus haut) qui ne sont pas comprises dans le prix. Si les économistes de Bercy faisaient leur boulot, il y aurait une taxe spéciale pour rétablir l’équilibre (=intégrer les externalités), mais comme c’est impopulaire, on préfère fermer les usines et les petites exploitations agricoles et continuer à soutenir les importations de produits chinois. C’est un choix (ne vous inquiétez pas quand je serai au pouvoir tout ceci sera vite réglé). Mais du coup c’est au consomnateur de faire les efforts. On peut juger que c’est injuste et du coup refuser de les faire, ou tant pis accepter le sacrifice.

Le second est que les enfants sont littéralement drogués aux marques et vont vous réclamer qui du Nutella, qui leur paquet de céréales (avec labyrinthe à faire derrière), qui leurs gâteaux favoris. A ce jeu là il n’y a qu’une catégorie de mères qui s’en sortent : celles qui savent préparer des fournies de cookies faits maison. Les autres, comme moi, deviennent simplement impopulaires. Compensez avec autre chose.

Le troisième est qu’on a l’impression que cela ne sert à rien. C’est toujours la question de l’intérêt de faire des efforts individuels qui ne pèsent presque pas dans la balance globale. Effectivement vos efforts ne se verrons pas trop, et ne précipiteront sans doute pas  le grand jour (quoique finalement who knows?), mais au moins vous vivrez en accord avec vos principes (et en plus vous mangerez mieux, et vous rencontrerez des bouchers et des boulangers sympas).

Question subsidiaire (qu’on me pose souvent) : est-ce que j’intègre dans mon combat les grandes surfaces bio genre Naturalia? réponse : non évidemment. Sans Naturalia, je ne pourrai pas survivre. Il y a un problème avec leurs fruits et légumes (qui viennent tous de grandes exploitations espagnoles qui n’ont de bio que le nom), mais pour le reste c’est indispensable.

La prochaine fois, je vous expliquerai comment bien vous habiller sans aller chez H&M et Zara ni ces horribles marques de vêtements éthiques (avec leur nom moins horribles chaussures en matière végétale).

 

 

Que faire au mois de mai?

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voué un culte au mois de mai (je sais, je ne suis pas la seul). Peut-être parce que la promesse de l’été est là, sans ses inconvénients (les foules en short, la canicule, la plage). Peut-être parce que s’il y a des lieux où la lumière est belle toute l’année (la Toscane, Los Angeles…), sous nos latitude, c’est au mois de mai qu’elle est la plus belle. Peut-être parce qu’avec tous les ponts, personne ne fait grand chose, et l’inanité de la vie professionnelle apparaît au grand jour, et oblige à se concentrer sur le reste.

Que faire au mois de mai, donc?

  • prier l’Esprit Saint. C’est un peu le parent pauvre de la Trinité, on ne sait pas toujours à quoi il sert. Bon, en tous cas au mois de Mai, c’est sa fête (=la Pentecôte). Vous pouvez donc prier pour obtenir les dons de l’Esprit Saint : Sagesse, Intelligence, Conseil, Force, Science, Piété, Crainte de Dieu (les deux derniers sont un peu ringardisés en ces temps matérialistes, mais les cinq premiers peuvent, je crois, intéresser tout un chacun).
  • tomber amoureux. Moi, j’ai plus l’âge (plus je me suis déjà mariée deux fois, donc bon…). Mais quand j’étais plus jeune, c’était vraiment un de mes hobbys préférés à cette époque de l’année.
  • manger des fruits plus excitants que des pommes (si vous avez restreint votre consommation aux fruits de saison) : fraises, cerises, abricots.
  • profiter de la lumière de la fin d’après-midi, et des couchers de soleils (bonus si vous êtes insomniaques ou polyphasiques : le lever de soleil).
  • ranger les pulls et sortir robes et sandales, même si comme moi vous avez une garde robe minimaliste (=sortir une robe et une paire de sandales).
  • faire un bilan de début d’année, que vous ayez ou non pris de bonnes résolutions.
  • vider votre appartement si vous ne l’aviez pas fait au mois de mars.
  • faire les derniers arbitrages pour les vacances d’été (passer le mois d’août à Paris alors que la ville est déserte, ou s’enfermer dans une maison en forêt avec une intégrale Simenon?).
  • aller voir cette exposition Hubert Robert au Louvre.
  • si jamais vous avez la chance de pouvoir être invité, ou que vous êtes jeune, et que vous n’avez pas peur de mendier des places dans la rue, aller à Cannes, c’est quand même toujours inoubliable, même si tout le monde adore en dire du mal.
  • aller faire la route de Compostelle avant les foules.
  • ne pas faire de régime pour vous mettre en maillot (je vous ai déjà dit ce que je pensais des régimes?). Si l’idée de vous afficher dans quelques centimètres de polyamide au milieu de vos contemporains vous déprime, c’est plutôt un signe de bonne santé mentale. Réhabilitez la cabine de bain en pleine mer (=personne ne vous verra marcher sur le sable), ou, comme moi, restez habillé à la plage.
  • mais prendre le soleil dès qu’il apparaît, vingt minutes par jour au moins. Vitamine D, bonne mine, et bonne humeur.
  • relire Proust (je le ressors toujours au mois de mai). Pour les pages sur les aubépines en fleur, et pour le reste.

Faire son COS (=Coming Out Spirituel)

J’ai piqué l’expression à un ami, qui se demandait si, à l’aube de la quarantaine, ce n’était pas le moment pour lui de « faire son coming out ». « Tu quittes ta femme pour un homme? » ai-je bêtement demandé. « Mais non, mon coming out spirituel ! Dire à tout le monde ce que je crois et ce qui est important pour moi, mais dont je ne parle jamais avec personne in fine ». Cette conversation m’a durablement marquée, aussi j’aborde désormais le sujet avec toutes les personnes avec qui je discute plus de dix minutes à la volée (tu n’y échapperas pas, lecteur de ce blog).

Comme vous l’avez remarqué, 1) j’aime beaucoup les acronymes et 2) vous l’aurez compris à mes citations fréquentes de Saint Paul et mon admiration sans bornes pour Saint Thomas d’Aquin : je suis catholique (et ça va bien, merci). Dans une situation un peu étrange, car je suis la seule de mon entourage (mes quelques amis qui pratiquent une religion sont juifs ou protestants, le reste se partage entre athéisme revendiqué et agnosticisme prudent). Ma conversion, qui a d’ailleurs été relativement tardive (après des années et des années de questionnement) a suscité des sentiments divers dans mon entourage (majoritairement surdiplômé, de préférence en sciences dures) qui m’a un temps parlé comme à un jeune qui rejoindrait le Jihad (« c’est normal, tu es en manque de repères, mais vas voir un psy et tu verras ça va passer »), tout en mêlant stupéfaction (« mais pourquoi ? et tu vas à la messe ? et tu crois vraiment à tout ça? »), à une rationalisation ex-post (« de toutes façons, tu as toujours eu l’esprit de contradiction »), en finissant généralement par une conclusion bon teint (« moi je pourrai jamais »).

Le but de ce post n’étant pas de vous raconter le pourquoi du comment (en plus j’aimerais bien avoir une histoire cool à raconter comme le pilier de Notre Dame, ou le chemin de Damas, mais hélas rien de spectaculaire dans mon cas) mais plutôt de partager quelques réflexions et questions que je me suis longtemps posées.

La première est que j’ai un tropisme marqué pour les hérétiques (ah Marcion…), et les à côté du système (une des personnes qui m’inspire le plus est Simone Weil, qui a toujours refusé le baptême et les sacrements). Position peut-être justifiée par ma propre situation « en marge » de l’Église (étant divorcée, remariée, je suis, de fait, écartée de certains sacrements comme l’Eucharistie). J’ai passé des années (des années très heureuses, d’ailleurs) plongée dans les textes hermétiques chrétiens (Louis Claude de Saint Martin!), les mystiques (qui ont toujours été un peu vu de travers par l’église « officielle »), l’histoire des diverses sectes (des gnostiques aux albigeois). Et au fond, si aujourd’hui je peux me sentir « chez moi » sur la grande route (car c’est le cas maintenant), c’est parce que j’ai passé pas mal de temps sur les chemins de traverse  – où je me sens d’ailleurs tout aussi « chez moi », mais ceci est une autre histoire.

La seconde est que l’Église et ses représentants officiels (oui même toi Pope Francis, le roi de la twittosphère) en réduisant leur intervention dans la sphère publique à des questions purement sociales (questions familiales, migrants….) n’incite pas beaucoup à pousser leur porte, lorsqu’on est agité par des interrogations plus profondes (et comme dirait Saint Paul ce monde va passer, alors le mariage pour tous, franchement…). Je suis même à peu près sûr qu’ils écartent 99% des personnes qui comme on dit dans Psychologie Magazine sont « en quête de sens » et qui vont légitimement se tourner vers une vidéo d’Eckart Tolle ou n’importe quel livre sur la méditation pleine conscience, au lieu d’ouvrir les Évangiles (cela d’ailleurs a été mon cas pendant des années). Sans compter la déprime totale quand on va à la messe et qu’on se retrouve entre trois familles de huit enfants en loden (sentiment d’appartenance : zéro) (heureusement j’ai eu la chance de croiser des représentants brillants, surintelligents et attachants de cette belle religion, sinon je serai encore à me gratter la tête sur mon tapis de yoga)(je fais toujours du yoga sinon, no offense pour les yogini qui me lisent).

La troisième (c’est toujours bien de le préciser) c’est que bien que scientifique de formation, et pas du tout theilhardienne de culture (comme Houellebecq les fan de Teilhard de Chardin me font hurler de rire), je crois à tout le package, même (et surtout) à ce qui paraît absurde ou impossible (miracles, résurrection, transsubstantiation etc.). Et je dirais même que je n’y vois aucune contradiction avec la science (voilà, brûlez moi sur un bûcher!).

La quatrième c’est que le système de pensée dans lequel je fonctionnais « avant » i.e. le matérialisme rationaliste, m’apparaît maintenant pour ce qu’il est : un système de croyance, qui en vaut bien un autre, mais absolument pas une vérité ultime (je conçois évidemment que ce système apparaisse, pour beaucoup, comme le plus fondé en raison).

La dernière est, du coup, que je ne me sens pas du tout à l’aise quand je discute avec des gens très sûrs d’eux, qui n’ont jamais remis en causes leurs croyances (qu’ils soient catholiques depuis trente générations, ou athées frénétiques à la Richard Dawkins). Pour moi la foi passe par le doute et l’examen, il me paraît aberrant de croire sans accepter de douter, et profondément. De cœur, je suis (toujours) du côté de ceux qui ne savent pas, ou qui se posent des questions.

Du coup pour ces derniers (ne vous inquiétez pas, je ne veux convertir personne, d’ailleurs je pense que ça ne sert à rien), je recommande quand même vraiment plus l’étude des mathématiques (ayant un fond pythagoricien, je crois que la résolution par Grigori Perelman de la conjecture de Poincaré a précipité ma conversion) et de la physique, tellement passionnante en ce moment (Philippe Guillemand prétend que le récent incident de la fouine au CERN est une intervention du futur, ha ha !). Ou la lecture de livres de tous horizons, dans les directions qui vous parlent. Parce que comme disent nos amis gnostiques, on n’a jamais vraiment trouvé la réponse à ces cinq questions, mais y penser fait quand même le sel de la vie :

« Qui étions-nous? Que sommes-nous devenus? Où étions-nous? Où avons-nous été jetés? Vers où nous hâtons-nous?  » (d’après un disciple de Valentin).

Et en bonus voilà mes livres préférés sur la spiritualité et les grandes questions, en tous cas ceux qui m’ont fait le plus réfléchir (liste non exhaustive) :

Le sacre du dragon vert, Eric Baret, La joie sans objet, Jean Klein, Le pouvoir du moment présent, Eckart Tolle, Les gnostiques, Jacques Lacarrière, Les hommes ivres de Dieu, Jacques Lacarrière, Histoire de la mort en occident, Philippe Ariès, Les méditations sur les 22 arcanes du Tarot (anonyme), Conversations avec Dieu, Neal Donald Walsche, Attente de Dieu, Simone Weil, La pesanteur et la grâce, Simone Weil, Notre existence a-t-elle un sens? Jean Staune, Quantum Enigma, Bruce Rosenblum et Fred Kutter, La structure des révolutions scientifiques, Thomas Kuhn (montre que la pensée humaine évolue via une série de paradigmes, chacun étant amené à être chassé par le suivant), Le chemin est le but, Chogyam Trungpa, Bardo, Chogyam Trungpa, les Évangiles (quand même!) et le Nouveau Testament de manière générale, les écrits de Charles de Foucault, de Sainte Thérèse de Lisieux, de Sainte Thérèse d’Avila (mais pas Saint Jean de la Croix, auquel je n’ai jamais rien compris), Récoltes et Semailles de Groethendieck (attention beaucoup à jeter dans ce « livre », mais pas mal de fulgurances aussi), Après l’exaste, la lessive de Jake Kornfield (un livre très drôle et très juste sur l’expérience spirituelle)…

Voilà, et vous, c’est quoi votre COS?

Notes et carnets

Bon je ne vous apprends rien en vous disant que le petit carnet noir Moleskine (made in China – personnellement je n’écris que sur des Leuchturm) fait partie avec les lunettes de soleil monture bois, et le fixie à 4000 dollars la roue de la panoplie du créatif désœuvré qui hante les terrasses de mon quartier (NDLR j’en suis, sauf que j’ai arrêté d’investir dans les SEC (=Signes Extérieurs de Coolitude)). C’est vrai qu’écrire dans un carnet, c’est bien. Je dirais même que ça m’a sauvé la vie en entreprise pendant toutes ces réunions où la moitié des gens n’écoutait pas et l’autre moitié ne comprenait rien (alors pourtant qu’on débattait d’un sujet aussi crucial que la stratégie digitale, 75 slides en franglais à l’appui). C’est tellement utile que, par exemple, quelqu’un d’aussi important que  l’EMPEREUR DE ROME a tenu des carnets pour débattre du sens de la vie, savoir comment ne pas être tout le temps de mauvaise humeur, et comprendre pourquoi cette guerre contre les Sarmates se passait si mal.

Quelques considérations élémentaires : avec un carnet vous ne risquez pas la panne de batterie, ni le crashage de serveurs en plein cœur de l’Arizona, plus vous pouvez l’accommoder de cet ustensile délicieusement chic qu’est le stylo à plume (même si Parker a honteusement cessé de produire mon modèle préféré, le Jolter). Enfin vos carnets dureront des années et des années (à moins que votre appartement ne brûle) et c’est bien là leur valeur suprême : pouvoir les relire longtemps après. Du coup, même si vous pouvez dédier vos carnets à des fins aussi éphémères que « racheter moutarde » (un classique chez nous, chaque membre de la famille étant convaincu que l’un des quatre autres a mangé le pot en cachette), « brainstorming d’idées sympas pour l’EVJ de Natacha », ou « dix adresses de coiffeurs pour une teinture végétale », je vous conseille de les utiliser pour des choses durables.

Exemple de ce qui dure :

  • les listes de films à voir / de livres à lire un jour.
  • les citations qui vous ont marqués.
  • les idées importantes tirées des livres que vous lisez.
  • les bucket lists (toujours bien de les relire).
  • les 5 regrets des mourants (les avoir sous les yeux permet de se recentrer cinq minutes)
  • les résolutions, valeurs, rêves, choses importantes, bref tout ce qui mériterait de tomber sous nos yeux plus souvent que le dernier mail de ventes privées.

Quelques questions qu’on se pose souvent :

  • Faut-il tenir un journal même si Maurice Blanchot vous dit que c’est la défaite de la littérature? alors oui si vous le pensez justement comme un objet littéraire, que votre journal est finalement votre œuvre (=Philippe Muray), et que la publication posthume ne vous fait pas peur (sauf si on se rend compte que vous étiez en définitive assez chiant =  André Gide, mais pas de panique, vous aurez quand même votre Pléiade). Oui aussi, si votre journal vous aide à y voir clair, ou a une vertu thérapeutique (un carnet Moleskine vaut 15 euros, une séance chez un lacanien quelconque 60 euros, faites le compte). Une variante du journal sont les « pages du matin », recommandées par Julia Cameron, que plein de gens aiment faire (moi pas, mais bon).
  • Faut-il noter les évènements marquants de la journée ? Franchement à moins cas particuliers (par exemple vous côtoyez plein de gens célèbres et vous notez qui couche avec qui pour tout balancer dans vingt ans, ou alors vous commencez à développer un Alzheimer et vous avez besoin de vous rappeler le nom des membres de votre famille) et même si l’exercice a un côté rassurant (on a l’impression de maîtriser le temps, et, en les notant, de rendre nos journées intéressantes, ce qui n’est pas le cas, je vous rassure) je trouve que ça ne sert pas à grand chose (en plus Météo France archive relativement bien le temps qu’il a fait sur les soixante dernières années). UNE EXCEPTION : si vous êtes un personnage historique important, vous avez le devoir de noter ce qui se passe (exemple, Louis XVI le 14 juillet 1789 : « rien »), afin que les historiens puissent bosser sur des sources un peu plus croustillantes que des relevés d’état civil.

Du coup, que met-on dans ses carnets?

« En écrivant ses Pensées, Marc Aurèle pratique donc des exercices spirituels stoïciens, c’est à dire qu’il utilise une technique, un procédé, l’écriture, pour s’influencer lui-même, pour transformer son discours intérieur par la méditation des dogmes et des règles de vie des stoïciens. Exercice d’écriture au jour le jour, toujours renouvelé, toujours repris, toujours à reprendre, puisque le vrai philosophe est celui qui a conscience de ne pas avoir encore atteint la sagesse. »

Pierre Hadot, in La citadelle intérieure

Ça c’est pour la version ambitieuse. Si vous n’êtes pas tout à faire sûr d’être un philosophe, vous pouvez vous contenter d’utiliser vos carnets pour :

  • tenter d’y voir clair sur des questions qui ne le sont pas en ce moment.
  • élaborer sur ce qui vous intéresse en ce moment (de la morphogenèse, à la vie de Frank Lloyd Wright), ou plus modestement noter ce qui vous paraît intéressant, et mériterait d’être approfondi un jour.
  • prendre des résolutions, essayer de vous projeter dans l’avenir (faire notamment cet exercice intéressant : « où est ce que je veux être dans cinq ans »  – le relire cinq ans après réserve souvent des surprises).
  • vous entraîner (par exemple si vous composez, dessinez ou que vous écrivez).
  • noter vos idées quand elles viennent (une idée qu’on ne note est hélas malheureusement perdue à jamais).
  • faire des listes (bis repetita) : d’endroit à visiter, de livres à lire, des fruits de l’Esprit Saint (Galates 5,22), des églises à visiter à Rome (mon prochain voyage), de vos tableaux préférés dans l’aile « Peinture françaises » du Louvre (pour voir comment vos goûts évoluent), des écrivains à virer de la Pléiade (et de ceux qui devraient y être), de votre programme pour les trente prochaines années, de cadeaux à offrir et demander…

Et enfin comme un bon vin, il faut savoir stocker ses carnets et les retrouver des années après. Chose que vous ne ferez jamais avec des notes Evernotes ou des docs google drive (enfin si, mais le plaisir n’est pas le même croyez moi).

 

Où rencontrer des gens intéressants?

Cas numéro un : vous êtes jeune. Bon là je n’ai rien à vous apprendre vous êtes jeune, avec un mode de vie de jeune, des amis jeunes, qui ont eux même plein d’amis jeunes donc vous rencontrez tous les jours des gens géniaux dans des soirées, aux terrasses de café, ou les bancs de la fac, bref vous n’avez pas besoin de moi (je préfère vous dire que ça ne durera pas et que dans vingt ans, vous n’aurez plus rien à dire à vos amis de l’époque qui voteront Macron, et qui auront pris un emprunt pour leur résidence secondaire, il ne vous restera comme vie sociale que les autres mères à la sortie de l’école, autant dire la misère, donc autant prendre de bonnes habitudes dès maintenant).

Cas numéro deux : vous travaillez. Contrairement à ce que l’on pense le travail, même dans un domaine un peu austère est un très bon endroit pour rencontrer des gens intéressants. Car dans l’ensemble tout le monde s’ennuie, et cherche des compagnons d’infortune. Si vous avez la chance de travailler en open space, il vous suffit de laisser traîner sur votre bureau quelques livres bien choisis (Ultima Necat, un livre sur le déclin de l’Empire Romain, et un Paul Morand) et de laisser le poisson mordre. Ou de laisser traîner vos oreilles à la cantine, à la recherche de la personne aux goûts pointus. Ou d’exprimer sans réserve vos opinions audacieuses à la machine à café (« je pense que l’épilation des aisselles donne le cancer »), qui ne manqueront pas d’attirer les esprits ouverts. Ou, cas extrême mais je l’ai fait – de recruter sur mesure votre propre armée de lieutenants avec un humour décapant et un Q.I. acéré qui sauront rire à vos blagues, et vous entretenir de choses intéressantes pendant ces longues heures.

Sinon (car tout le monde n’a pas la chance d’être jeune ou de travailler dans une Grosse Entreprise Pleine de Gens qui s’ennuient), heureusement votre cas n’est pas désespéré, je vous ai trouvé plein de solutions :

1 La salle d’escalade : contrairement au running, où tout le monde se regarde d’un air méchant, l’escalade est un sport hautement social. Ne serait-ce que parce que vous trouverez toujours une âme dévouée pour vous expliquer « comment passer cette voie » (90% des gens qui font de l’escalade sont profs = ils adorent expliquer). Ensuite le panel d’âge est franchement varié, et dans l’ensemble les grimpeurs(euses) sont sympas et cools (si vous craignez de vous faire draguer, n’ayez crainte, la libido du grimpeur est surtout dirigée vers ce gros devers là-haut).

2 Écrire des livres. Je vis avec un écrivain alors je peux vous dire, quand vous écrivez des livres, même confidentiels, des gens cools vous écrivent. Ils ont aimé votre livre, ils l’ont compris mieux que vous, ils veulent vous payer un café, bref vous ne tardez pas à vous faire de nouveaux amis.

3 Militer (pour l’interdiction de la GPA , pour la légalisation de la GPA, pour la dictature du prolétariat, pour rebaptiser la rue en bas de chez vous du nom de votre ancêtre etc. etc.). Vous rencontrerez des gens qui pensent COMME VOUS, vous vous battrez avec le reste du monde et principalement ceux qui ne pensent PAS COMME VOUS (= hyper fédérateur). Vous aurez un stand à Nuits Debouts ou à la manif pour tous selon votre bord politique (souvenirs inoubliables). Vous aurez l’impression de faire avancer le monde. Vous vous retrouverez dans 40 ans dans un film de Garrel et vous vous demanderez ce que vous avez fait de votre jeunesse. Et vous vous ferez des amis (sauf si vous vous scindez en factions rivales comme la Gauche Prolétarienne dans les 70’s, mais dans tous les cas ça vous fera des souvenirs, et des ennemis fidèles valent bien des amis tièdes). Attention pour ceux qui veulent vraiment faire la révolution, risque quand même de finir assassiné au Mexique et viré des photos officielles.

4 Écrire aux gens que vous admirez. Ça ne coûte rien. Des générations d’écrivains ont fait ça. Souvent on se prend un vent, parfois on est déçu, et parfois il arrive des trucs incroyables. `

5 Rentrer dans une secte, ou la franc maçonnerie, ou un ordre initiatique, ou une société secrète. Alors si vous pratiquez une religion « standard » vous vous rendrez compte qu’on ne se fait pas tellement d’amis à la sortie de la messe (peut-être parce que le public ne fait pas très envie?), en revanche si vous visez plus pointu (attention quand même à ne pas finir en robe blanche à parler aux extra-terrestre), vous rencontrerez des gens avec qui vous vous êtes suffisamment ridiculisés en privé (la robe blanche, tout ça) pour que certains liens puissent se tisser.

6 Dans le même ordre d’idée avoir un hobby ou une passion pointue (les instruments de musique turque ancienne, les timbres néo-zélandais…) et utiliser la puissance d’internet et la magie de google pour laisser vos futurs compagnons d’armes venir à vous.

Et enfin le meilleur pour la fin : avoir un blog !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Causes célèbres

En ces périodes insurrectionnelles où chacun semble invité à manifester son mécontentement et son espoir d’un monde meilleur, je me permets de partager les causes pour lesquelles je me bats au quotidien et qui sont bien sûr au programme de mon parti (le PIF2, d’inspiration anti-capitaliste et chrétienne, avant cela j’avais fondé le PIF, qui était ouvertement libertarien, comme quoi on change).

  • L’interdiction des expressions « pas de souci » et « belle personne ».
  • La disparition des hypermarchés, des grandes et moyennes surfaces (oui, toi aussi le Daily Monop du bas de la rue, tu es visé).
  • La disparition de toutes les chaînes de magasins quelles qu’elles soient : je déprime quand je vois un nouvel APC ou un quinzième Comptoir des Cotonniers ouvrir dans ma rue. Pourquoi est-ce qu’on devrait acheter les même choses partout ?
  • L’interdiction de l’utilisation de l’image féminine dans la publicité sous toutes ses formes. Rappelez vous la querelle des images à Byzance au VIIIème siècle, ben là ce sera pareil. Mais de toutes façons les 4*3 du métro seront remplacés par des reproductions de Nicolas Poussin et d’Hubert Robert.
  • L’interdiction des recherches en I.A. (=intelligence artificielle) publiques comme privées. Comme Nick Bostrom, je pense que le risque existentiel est loin d’être une fiction et que jouer avec l’I.A. dans l’état actuel de maturité de l’humanité, revient à laisser un enfant de trois ans avec un paquet d’allumettes et un bidon d’essence.
  • L’arrêt total de recherche et d’utilisation de la technologie CRISP-R. Même raison.
  • La déclaration du transhumanisme comme crime contre l’humanité. Toujours pareil.
  • L’interdiction des tongs et du pantacourt pour le sexe masculin.
  • L’abandon immédiat des négociations du TAFTA.
  • La démocratie directe avec référendum pour toutes les grandes questions de politique intérieures. Ou la monarchie. Ou les deux, tiens (autorité en haut, liberté en bas comme disait Maurras).
  • L’enseignement des classiques et des humanités dès le plus jeune âge. Plus de classes bilingues chinois, mais latin et grec dès le CM2, et Cicéron et Homère pour tout le monde.
  • Idem pour l’informatique (qu’on ne dise pas que je ne vis pas avec mon temps). Mais langage C avec les pointeurs et tout (très formateur, le C) plutôt que Ruby on rails.
  • Que des photos d’abattoirs et des élevages en batteries soient collées sur tous les emballages de nourriture industrielle : tout le monde peut continuer à manger de la viande (moi j’en mange en tous cas!), mais au moins que ce soit en connaissance de cause.
  • Idem pour les vêtements : que H&M, Zara & co mettent de grandes photos des usines au Bangladesh de leurs sous traitants dans tous les magasins.
  • Un remaniement conséquent du catalogue de la Pléiade, dont d’ailleurs je prendrai immédiatement la direction.

Votez pour moi ! (pour avoir testé mon programme sur un certain nombre de personnes, je sais qu’il y a relativement peu de chances pour que je parvienne au pouvoir par les urnes, mais au moins comme ça vous serez prévenu en cas de coup d’état, et de toutes façons je réserverai des ministères sympas aux fidèles lectrices de mon blog).